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Histoire
Histoire de la Danse Jazz De l'Afrique aux Etats Unis Les premiers esclaves venant d'Afrique Noire arrivent aux Etats Unis vers 1619, en amenant avec eux leurs rites et coutumes. La musique a une place dominante dans la société africaine et rythme chaque évènement public ou privé. La danse, un autre élément fondamental, est indissociablement liée à la musique. En dansant, le Noir communique, raconte une histoire, se rapproche de ses ancêtres, est en contact avec la nature. C'est un langage universel. Durant le long périple de l'Afrique aux Amériques, sur des bateaux surchargés et insalubres, les négriers forçaient les futurs esclaves à danser pour garder la forme : malgré la souffrance, ils ont pu perpétuer leurs traditions.
La rencontre des religions Les esclaves travaillaient pour des propriétaires terriens blancs, catholiques ou protestants. Selon que son propriétaire appartenait à l'une ou l'autre de ces communautés religieuses, l'esclave pouvait conserver ou non ses traditions . Chez les protestants, la musique rythmique était synonyme de péché; tout comme les représentations iconographiques, les images étaient interdites. L'esclave était donc empêché de danser, de faire de la musique, de pratiquer ses rites religieux. Les familles étaient décomposées, les traditions perdues. Chez les catholiques, la permissivité était plus grande. Les Noirs pratiquaient leurs rites et, en même temps, entendaient la musique liturgique, les chants grégoriens des Blancs, et, au profane, leurs musiques à danser.
Les danses mêlées Les colons antillais ont appris leurs danses aux esclaves et, également, à jouer de leurs instruments européens, le violon entre autres. o danses populaires : bourrée, branle o danses de cour : menuet, contredanse Le dimanche, les esclaves avaient la permission de danser les danses des Blancs et leurs danses traditionnelles, à condition qu'elles restent morales , c'est-Ã -dire non sexuelles; cet ensemble de danses, non sacrées, était nommé bamboula (faire la bamboula) du nom d'un instrument de percussion composé de deux tambours : baboula. La polka ""créolisée"" est devenue la biguine, la mazurka est devenue ""mazouk"" puis zouk au XXème siècle, la créolisation de la contredanse française par la fusion de la musique espagnole et de la musique africaine a donné le danson, qui est devenu le mambo au XXème siècle.
La révolte - la répression Les conditions de vie des esclaves étaient extrêmement dures, inhumaines; les insurrections contre les maîtres blancs se multiplièrent jusqu'à la grande insurrection de Cato (1739) pendant laquelle des crimes contre les blancs furent commis. La répression fut terrible et marquée par une loi interdisant désormais aux esclaves de tambouriner et de se regrouper, annihilant ainsi toute possibilité de communiquer et de fomenter de nouvelles insurrections. Dans le sud des Etats Unis de plus en plus de blancs faisaient appel aux domestiques noirs pour les faire danser le dimanche. Privés de tambour, ils créèrent d'autres instruments : tambourin, os, planches à laver sur lesquelles on grattait (washboard), tout en utilisant les instruments européens : banjo (venant du bonjour , guitare espagnole à quatre cordes utilisée en Jamaïque au XVIIIème siècle), violon (fiddle).
Naissance d'une culture Tout en jouant de la musique pour faire danser les blancs, les esclaves créent leurs propres danses et se moquent de leurs maîtres. Les danses rituelles des plantations se font toujours en cercle, mais sont très influencées par la square dance anglaise (sorte de polka par couples) La gigue irlandaise dansée avec des sabots est créolisée et devient la buck and wing dance(canard et ailes), et, plus tard la tap dance (pas avant 1917). Les planteurs organisaient des concours de danse pour les domestiques, et, notamment le cake walk (danse du gâteau - le meilleur danseur gagnait une part de gâteau), pendant laquelle les Noirs singeaient les attitudes guindées des Blancs. Le patting juba (le danseur, au centre du cercle, est accompagné par d'autres danseurs qui frappent des rythmes sur leur corps) permet de contourner la loi qui interdit toujours de jouer du tambour.
La Nouvelle Orléans Sous domination française et espagnole, très proche culturellement des Antilles, dans une société plus permissive, la Nouvelle Orléans, devint au milieu du XIXème siècle, une capitale économique, un pôle culturel, un lieu de plaisirs pour les Blancs et les Noirs. Le black code interdisait le mariage entre Blancs et Noirs, mais les populations de différentes couleurs avaient des rapports entre eux . Les enfants nés de ces unions illégitimes étaient reconnus, libérés de la condition d'esclave, instruits. Il leur était permis d'apprendre la musique savante, la danse, les beaux-arts, émanant de la culture européenne. Cette population (noire et métisse) se retrouvait à Congo Square pour danser. Les Blancs venaient les regarder, comme au spectacle, et s'inspiraient de leurs danses pour leurs propres spectacles. Ces danses étaient très performantes et servaient de défoulement à leur condition d'esclave.
La Minstrelsy Les Minstrels Shows étaient des spectacles itinérants, joués par les blancs, reprenant les chants et danses des esclaves noirs. Ils se noircissaient le visage, mettaient des perruques et se moquaient des Noirs. La Minstrelsy a véhiculé, pendant presque 60 ans (1845 - 1900), l'image du bon noir (Jim Crow) hilare, satisfait de son sort, inculte et dansant jusqu'à l'épuisement, ou du zipcoon , fils illégitime du planteur, cultivé, mais finissant pianiste dans une maison close de la Nouvelle Orléans. Elle a fait naître le personnage de Jimcrow, caricature du danseur noir, sautillant ou traînant des pieds (shuffle), avec ses membre relâchés. Pourtant, ce mouvement culturel a quand même permis de faire connaître à la population américaine la culture (musique et danse) noire. Les oreilles et les yeux se sont habitués à ces rythmes puissants. Elle a contribué au développement du jazz aux Etats Unis.
XXème siècle A la fin du XIXème et au début du XXème siècle se développent, aux Etats Unis, différentes sortes de spectacles qui donneront naissance aux formes que nous connaissons encore aujourd'hui : • vaudevilles, medecine shows (spectacles itinérants) • extravaganzas (ancêtre de la comédie musicale) • revues La danse jazz est encore indissociable de la musique jazz : ragtime et cakewalk; charleston, lindyhop, turkey trot, snake hips, buzzard lope se dansent accompagnés par des orchestres composés de musiciens noirs. Ces danses, issues des danses vernaculaires noires, seront reprises par des danseurs blancs comme Irène et Vernon Castle qui les assagiront en leur donnant une esthétique moralement correcte; c'est par eux et par leur chef d'orchestre que le jazz arrivera à Paris en 1917. Ils serviront de modèle à Adèle et Fred Astaire.
Des années 20 aux années 40 C'est l'ère du jazz (musique et danse). Il devient le symbole de la modernité et de la liberté. C'est la Renaissance de Harlem, mouvement culturel regroupant des artistes noirs qui revendiquent leur culture. Le noir symbolise la force vitale, la créativité artistique, la sensualité. Ce mouvement prendra fin avec la grande dépression des années 30. o A Broadway, Shuffle Along - 1921 - première comédie musicale mise en scène, interprétée par des noirs (invention de la chorus line : bonnes danseuses de claquettes en ligne) o Grands cabarets : Cotton Club, Connie's Inn : compagnies permanentes d'artistes noirs chanteurs et danseurs, accompagnés de grands orchestres (le public est blanc) - Duke Ellington, Cab Calloway, Count Basie, Benny Goodman, Glenn Miller. o Grands danseurs de claquettes : Nicholas Brothers Le rythme pour le rythme. Vitesse - attaque du mouvement - break . Grande place à l'improvisation. Les danseurs de claquettes se considèrent plus comme des musiciens que comme des danseurs. o Dancings (non ségrégués) : Savoy Ballroom La musique est jazz, la danse est swing. Ces dancings donnent l'occasion aux danseurs de s'affronter lors de concours-marathons, sur des rythmes effrénés. o lindy hop : créée en l'honneur de Charles Lindberg, elle est l'archétype de la danse de couple acrobatique et virtuose. «La danse est en symbiose avec la musique mais pas en fusion avec elle, elle en est un contrepoint rythmique (comme encore aujourd'hui dans la danse jazz).
La rupture musique -danse jazz «Les années 40 représentent un moment de rupture esthétique importante dans l'évolution de la danse jazz (E. Seguin - Histoire de la Danse Jazz) La disparition des grands orchestres, le déclin des claquettes, la fermeture des dancings contribuent à la disparition de la danse jazz traditionnelle. L'apparition du mouvement bop crée une scission entre musiciens et danseurs. La musique jazz n'est plus là pour faire danser, elle s'écoute en concert. Après la guerre de 39-45, les Noirs vont revendiquer une identité culturelle et un statut d'artiste à part entière. Fini le compromis entre Blancs et Noirs. La musique, plus intellectualisée , refuse les canons esthétiques imposés par les Blancs. Toutefois, une branche de cette musique noire sera composée pour faire danser le public dans les bals ou discothèques : le rhythm and blues, et, plus tard, le rock'n roll, le twist, le madison, le mash-potatoes, le jerk.
Emergence du modern'jazz Le courant identitaire noir apparaît aussi dans le milieu de la danse. Les pionnières du courant de la danse noire américaine sont Katherine Dunham et Pearl Primus. Elles revendiquent les racines noires africaines, donnent un statut d'artiste au danseur noir (il n'est plus uniquement un acteur de divertissement pour les blancs); elles veulent sortir (la danse noire) du burlesque et en faire un art plus digne (Katherine Dunham The future of the Negro in the Dance 1938). Elles donnent aux danseurs noirs accès aux techniques de danse européennes, luttant contre le stéréotype du danseur noir inné qui n'a pas besoin de formation technique, d'entraînement rigoureux. Elles font de leurs créations chorégraphiques des moments contestataires contre la haine et la ségrégation. Katherine Dunham fonde son école à New York en 1945 où les danseurs sont formés aux rythmes primitifs, à l'anthropologie, aux techniques classique, moderne, aux claquettes, aux danses primitives .
La comédie musicale Dans les années 40, l'art est à New York. La danse est à Broadway. De grands chorégraphes comme Georges Balanchine sont à l'affiche (On Your Toes 1936) de Broadway et à Hollywood. Descendantes des extravaganzas mêlant danse et comédie, elles évoluent en accordant une place de plus en plus grande à la danse. Les chorégraphes abordent des thèmes exaltant la société américaine (Americanas). Des chorégraphes de spécificités différentes influencent les styles et les arguments de ces comédies musicales, classique : Agnès de Mille - Oklahoma ! 1943, Jérôme Robbins - West Side Story 1957 ou moderne : Jack Cole - il ose, le premier, associer des danses ethniques et un accompagnement jazz. Il est le premier à instituer un système de formation pour le jazz, il porte l'accent sur les isolations , le rythme et les dynamiques de mouvements.
Hollywood La guerre, les évènements politiques de l'après-guerre, l'explosion de la bombe atomique, la guerre froide , le maccartisme, poussent les producteurs de Hollywood à imposer des films où règne l'optimisme. La danse tient une place primordiale dans ces films. Le répertoire des chorégraphes est très étendu : classique, jazz, claquettes, danses de salon, danses ethniques, danses latines, afro-caribéennes. Les danseurs noirs trouvent leur place à Hollywood (Stormy Weather 1943 rasssemble Cab Calloway, Bill Robinson, Fats Waller, les Nicholas Brothers, Katherine Dunham et sa troupe de danseurs). Les styles sont tellement différents et adaptés au propos cinématographique qu'il semble plus judicieux de parler de theatre dance ou free style plutôt que de danse jazz à proprement parler. Les danseurs créent leur propre style en mêlant les techniques et les influences : Gene Kelly utilisera les techniques nouvelles pour filmer la danse : Jerry, souris de dessin animé, danse avec lui dans Anchors Aweigh 1945.
La transmission - la filiation L'enseignement de la danse jazz, à proprement parler, a commencé lorsque les chorégraphes et les danseurs ont constaté la nécessité de former des danseurs polyvalents capables de passer les auditions dans les théâtres de Broadway ou à Hollywood. Quelques grands professeurs sont à l'origine de cette formation et de la codification de la danse jazz : Luigi, Gus Giordano, Matt Mattox (qui préfère parler de free style pour donner une notion de liberté au choix du chorégraphe ou de l'enseignant. La France découvre le jazz à la fin des années 50, avec Eugène Robinson, professeur de jazz à l'Opéra de Paris, dont les élèves furent, entre autres, René Deshauteurs et Jacques Alberca. o Lignée Jack Cole (influence Jérome Robbins, Bob Fosse) : Matt Mattox, Gianin Loringett, Géraldine Armstrong, Raza Hammadi o Lignée K. Dunham : Dan Mac Kayle, Alvin Ailey (Etats Unis), Walter Nicks, Bruce Taylor, Millard Hurley, Rick Odums (France)
Etymologie Le mot jazz est assez récent dans le vocabulaire, il a été écrit pour la première fois en 1917. Pour son étymologie, plusieurs pistes sont possibles, aucune n'est certaine : «jas : argot sénégalais à forte signification sexuelle «jasm : énergie, dynamisme (dictionnaire 1860) «jas : chas, chase (chasse) jazz : Jasbo musicien de la Minstrelsy
(Extrait de l'exposition itinérante consacrée à l'enseignement de la danse - textes écrits par le collectif des professeurs de danse de l'Association des Professeurs de Danse Diplômés d'Etat au Cefedem Aquitaine APDDECA
Source : hautetfort.com
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