Nous en France, comme sitcom, on a "H", "Un gars, une fille" , pas mal de trucs finalement très anodins : des lascars de banlieue parfois amusants, souvent lugubres, dans un hopital en passant par des saynètes vécues par un petit couple de trentenaires tellement "comme nous, tu trouves pas, chéri ?" (Note personnelle ; "Un gars, une fille" me gonfle personnellement par sa fausseté gnangnan, son sentimentalisme à la con et son humour "light" pour lectrice de "Cosmo" même si les deux comédiens jouent plutôt bien), et bien sûr "Caméra Café" pour, une fois sortis du bureau, y rester, l'alcoolo, le beauf et la brute ou la pouffe c'est l'autre. On ne va pas trop loin, on ne veut pas trop choquer, on ne veut pas aborder de sujets trop profonds ou provoquer quelque réflexion que ce soit. Quand on veut faire penser, on parle du racisme qu'est pas bien, de la mort qu'est pas belle et de la gentillesse qu'est quand même mieux que la méchanceté. La télévision anglo-saxonne est très différente, il y a deux sitcoms que je trouve absolument remarquables qui montrent que l'on peut parler de tout, montrer la vraie vie, rigoler de certaines choses sans faire de la pédago gonflante, sans haine ni agressivité, sans faire du prêchi-prêcha avec pleins de gros morceaux de préjugés ou d'a prioris dedans : il suffit de regarder "Father Ted" et "Black Books".
"Father Ted", qui passe sur "Comédie", et qui est passé sur "Jimmy", raconte l'histoire d'un prêtre de campagne, le père Ted, au-dessus des autres acteurs, qui vivrait son sacerdoce de manière épanoui s'il n'était entouré d'un vieux curé fou et alcoolo, avec le parapluie, qui ne sait plus dire que "à boire !", d'un jeune séminariste neuneu, à droite, et d'une gouvernante vieille fille illuminée qui prépare des tonnes de cake et des litres de thé pour compenser sa solitude, Mrs Reilly, amoureuse transie de son curé, au centre, sans oublier son évêque qui adore avoir sa photo dans le journal.. En France, on nous assènerait le cliché du jeune prêtre hyper-sympa, drôlement coool, qui s'habille comme tout le monde et distribue des capotes aux djeuns, opposé aux vieux cons de l'Église forcément intégristes. "Father Ted" n'est pas pour autant révérencieux et calotin, mais infiniment plus subtil. On y dit des choses simples sur la réalité des croyants, on les bouscule sans que cela sombre au tribunal. Il y eut quelques catholiques pour y voir malice, ainsi que quelques athées qui ont cru y discerner un discours prosélyte, ils se sont ridiculisés tout seuls. Ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers, étant donné que l'acteur qui incarnait le père Ted est mort prématurément...
Le site anglais de "Father Ted"
Dans "Black Books", en ce moment sur "France 4", on suit l'histoire de trois paumés, du moins dans le sens qu'ils se foutent absolument de leur compte en banque, de leur renommée chez leur charcutière et de l'indice Dow Jones,complètement inadaptés : Bernard Black, au centre de la photo, libraire de son état, misanthrope dysfonctionnel et gueulard qui se fout complètement de vendre quoi que ce soit dans son magasgin très bordélique, Manny, hippie vieillissant, à droite, dont le cerveau a été abîmé par les expériences diverses auxquelles il s'est livré, dont l'ingestion de substances illicites diverses et variées ainsi que l'écoute de musiques bruyantes, et Fran leur voisine, à gauche, vendeuse de souvenirs à côté de la librairie, amoureuse catastrophique (elle tombe amoureuse de gays, d'un obsédé du nettoyage,...etc), déséspérant de trouver un homme. Bernard se satisfait de sa situation tout comme Manny ou Fran, et ne souffre la compagnie de personne d'autres. Dans ce sitcom, on se fout de la bienséance, de l'humanitarisme bien sage et consensuel, et rien n'échappe à leur ironie y compris la pseudo-rebellion qui est encore une posture très conformiste, Bernard, Manny et Fran adorent aider leurs congénères à révéler leur bêtise, disent ce qu'ils veulent sans se soucier des conséquences quitte à devoir fermer boutique.
Le site anglais de la série