En tant que catholique lambda, qui a quelques vagues connaissances théologiques, essentiellement grà ce aux dominicains de Jérusalem, aux Pères Blancs et surtout aux Bénédictines de Montmartre, un peu de culture historique sur la Terre Sainte, je sais que l'Eglise n'étant pas un parti politique et la foi n'étant pas une idéologie, et que quand le Pape ou un Concile prennent une décision, je ne me hasarderai pas en discuter le bien-fondé. Hors, depuis déjà quelques décennies, on entend parler de messe "Paul VI" pour la messe issue du Concile Vatican II donc la messe de l'Église. S'il y eut des abus, des déviances quant à la nouvelle messe, elles ne sont pas le fait du Pape ni du Concile mais d'une idéologie qui entrainaient certains catholiques dits progressistes à penser qu'avant c'était pas terrible et que grà ce à eux, lumières des ignorants, ça allait s'arranger : plus de vérité, la foi devient une sorte de syncrétisme et il n'y a plus besoin de rites, cela a été tellement efficace qu'ils ont contribué de manière non négligeable à vider les églises durablement. Leur discours était très pauvre, doucement sociologique et majoritairement grotesque, il suffisait d'être gentil avec tout le monde pour être heureux en somme et aller au Paradis et tout le monde avait raison (comme ça pas de jaloux, pas de violence).
Pendant cette période, il y eut des groupuscules minoritaires tels les émules de monseigneur Lefèbvre, évêque schismatique en 1989, partisan du maintien de l'ancienne "ordo" de la messe, dont certains ont tourné à la secte comme la CRC (ou Contre Réforme Catholique) de l'Abbé de Nantes qui a détruit nombre de familles. On ne peut condamner bien sûr tous les croyants qui ont rejoint ces mouvements effrayés par les transformations de l'Église. On peut comprendre. Des communautés nouvelles ont été fondées dans les années 70, certaines par des anciens hippies voire même des soixante-huitards comme le Lion de Juda qui deviendra les Béatitudes ou le Chemin Neuf, ou encore la Communauté de l'Emmanuel inspirée, au départ, des mouvements pentecôtistes protestants américains. Les personnes rejoignant ces communautés y ont trouvé une solidité spirituelle et un discours clair. De ce fait, on les classe souvent parmi l'extrême-droite ce qui est une grave erreur, les "chemises Cyrillus" et les "carré Hermès" à la sortie de Saint Nicolas du Chardonnet sont souvent les arbres qui cachent la forêt. Notez que les adversaires du catholicisme ont exactement la même manière inquisitoriale de concevoir leur "tolérance" à des opinions différentes : ils écoutent les opinions des autres quand les autres pensent comme eux.
Ces mouvements attirent beaucoup de jeunes dont la plupart sont selon l'épithète idiote (idiote car tous les catholiques sont dans la tradition de l'Église) utilisée habituellement plutôt traditionnalistes, demandant le retour de la messe en latin, certains demandant le retour de la messe dite de Saint Pie V et le retour à la situation liturgique d'avant le Concile. Ils ont cru trouvé "leur" Pape en la personne de Benoît XVI, réputé obtus sur les questions morales et rétrograde par ses adversaires, qui n'ont pas lu ses livres. C'est une erreur grossière car c'est le Pape de tous les catholiques, je n'ai pas souvenir de l'avoir entendu condamné des prélats d'Amérique du Sud, considèrés comme progressistes ni les prises de position de son prédecesseur. Benoît XVI, qui est clair sur les questions spirituelles et religieuses, tout simplement, ne fait que rappeler ce qu'est la Foi sans que cela ne devienne une question d'ordre politique. Par le "motu proprio", Benoit XVI n'effectue pas de retour en arrière, il ne fait que prendre une décision de bon sens sans que cela ne remette en cause Vatican II et sa doctrine. La messe est d'ailleurs célébrée en latin à Rome, comme à Jérusalem, du moins pour les catholiques dits "latins". Parfois, curieusement, on a l'impression que d'aucuns soutiennent la messe en latin plus par esthétisme, ce qui n'a rien de méprisable, que du fait d'une quelconque spiritualité.
Cela m'amène à parler de quelque chose que je regrette beaucoup par contre, personellement, qui est la méconnaissance d'une bonne partie de ces jeunes ou moins jeunes, qu'ils soient proches du traditionnalisme ou des communautés nouvelles, de l'histoire de leur religion en particulier, des religons en général ce qui les aménent à dire des sottises et à effectuer des raccourcis gênants : par exemple, les chrétiens catholiques du Proche Orient sont considérés de toutes façons comme en dehors de l'Église car ils ne célèbrent pas selon le rite latin, on oublie qu'une bonne partie des luthériens sont revenus au catholicisme depuis 1996. Et les échanges entre l'Islam et le Christianisme grà ce à des congrégations comme les Pères Blancs ou les salésiens sont ignorés pour ne retenir que le choc de deux civilisations. Le travail effectué par l'université Saint Joseph à Beyrouth a été ainsi réduit à néant par la guerre avec Israèl à cause du Liban Sud, et des attentats du Hezbollah, mais aussi par l'indifférence des chrétiens occidentaux quand ce n'est pas, rarement, la xénophobie. Il est dommage aussi que beaucoup parmi les jeunes croyants estiment ces connaissances historiques dangereuses pour la foi : en quoi la vérité des faits est-elle dangereuse ? Il faut faire confiance à Dieu. De plus, beaucoup de catholiques européens se croient obligés de rallier une conception libérale de l'économie. Encore une erreur si le marxisme est condamné par l'Église et sa doctrine sociale, c'est aussi le cas du libéralisme (cf : livre de Louis Billot sur la question). C'est la même chose sur les questions morales, le Pape aura un regard d'Église et non sociétal, ni conservateur ou réformiste, mais de pasteur capable de charité et de compassion (il serait bon sur ces questions que l'on parle plus souvent du père Marie-Dominique Philippe ou des livres du Père Le Guillou).