Je promets Black snake moan et je mets l'affiche de Boulevard de la mort, le dernier Tarantino ? C'est pour passer rapidement sur le premier et mieux vous parler du second, que peu de personnes ont dû voir, vu le nombre incalculable de salles dans lequel il est distribué (au moins quatre à Paris, waouh !). Bref. What about Grindhouse, le boulevard de la mort ? Je ne suis pas favorable à une fidélité sans limite à mes réalisateurs préférés quand ils sortent un film beaucoup moins bon ; j'avoue donc que je me suis vraiment ennuyée. Certes, les deux scènes de bagnoles valent vraiment le détour. Mais il faudrait en faire une petite vidéo en enlevant la majeure partie des autres, malheureusement. Comme beaucoup de bons réalisateurs (mais que fait Soderbergh avec ses Ocean's à répétition???), Tarantino se répète. Il réutilise des trucs qui ont bien marché ou qui ont fait sa réputation (les pieds nus, les longues discussions sur des sujets futiles, Kill Bill), il ajoute quelques effets de montage pour faire série B, il secoue, et il espère qu'on va accrocher. Pour moi, ça suffit pas. Ce n'est pas mythique, ce n'est pas culte, ce n'est pas de l'excellent Tarantino. Ce n'est pas assez.
Je tape donc dans le nouveau et l'inconnu, et c'est là que Black snake moan entre en scène. D'abord, j'adore cette affiche de film dessinée, à la mode des années 50. Ensuite, le film est réalisé comme une longue chanson de blues, décrivant avec une voix rauque et douce l'Amérique profonde. Pas celle de la Petite maison dans la prairie, non, l'Amérique autenthique et éternelle des paumés, de gens complètement "fucked up" qui cherchent un moyen de s'aimer sans douleur. C'est donc l'histoire d'un vieux fermier black, fraîchement quitté par sa femme, qui se met en tête de guérir une jeune blondinette de sa nymphomanie chronique. Pour ça, il commence par l'attacher avec une grosse chaîne à son radiateur. Ca a l'air barré, non ? Pourtant c'est émouvant, attachant, drôle parfois, toujours intelligent. Samuel L. Jackson est humain comme rarement il peut l'être dans ses rôles, Christina Ricci est à la fois ange et démon, elle respire la fragilité d'une enfant un peu trop grande qui s'en est pris trop dans la gueule. La rencontre entre les deux personnages est évidemment intéressante, et bien plus que ça.
Le point commun entre les deux films, c'est leur très bonne bande originale. Tarantino a encore réussi à déterrer des tubes d'un autre temps, il est toujours aussi doué pour ça (ouf!). Quant à Craig Brewer, le réalisateur de Black snake moan, il fait chanter ses acteurs sur de beaux airs de blues, bien tristes, qui racontent la misère de la vie et la beauté des hommes. Si vous n'avez pas l'occasion de voir ce film quasi introuvable, vous pouvez toujours essayer de dénicher ces quelques chansons qui en restituent parfaitement l'ambiance. Black snake moan, par exemple, qui a donné le titre au film, et m'a donné des frissons au creux de la nuque...