Pour decrire les paysages rencontres et les routes que nous avons traverses du Texas au Colorado, il suffit de plonger - juste pour y gouter - dans les deux premieres pages du roman de Truman Capote De sang froid.
Rien que cela, oui Madame !
C'est tellement juste et tellement inchange quelques 35 ans après, que s'en est presque effrayant.
C'est comme si cette parcelle de pays etait restee figee dans le temps.
Je n'aurais pas ete surprise de voir debouler au loin, une diligence poursuivie par des indiens, eux-meme, pourchasses par des cow-boys.
J'aurais sans doute pu rencontrer les petits-enfants Ingalls, ainsi que ceux de cette sale peste de Nelly Olson, si nous nous etions perdus dans un coin encore plus recule.
Je retrouve les memes hautes plaines, la meme region solitaire, un no-where vertigineux qui aurait pu me filer le bourdon si je m'y etais attardee un peu trop. D'ailleurs, en ce moment le bourdon n'est jamais tres loin et les larmes souvent la ... humeurs de femme ?
Mais comment font-ils ? Comment vivent-ils ? Plaisirs simples et certainement moins compliques que les mien ... So superficial ?

Notre voiture est devenue une veritable machine avaleuse de bitume. Nous avons juste un large ruban gris a digerer au milieu de ce patchwork vert de terres de paturages et jaune de champs de ble.
Quatre petites heures de conduite pour moi, facilitees par le cruise control mis sur 70. Mes pieds s'endorment sur le plancher. Je n'ai rien a faire, je me contente simplement de suivre les pointilles jaunes fluos, c'est tout droit, toujours tout droit, de temps en temps une voiture a doubler, un enorme camion chrome a depasser. Je serais rapidement bercee par cette douce monotonie, si il n'y avait une bande de furies mal canalisees dans mon dos ... ca rale, ca chouine encore. Ca ne cessera jamais, j'en ai peur ! Je suis une mere fatiguee.
Je clichette a mort avec les fermes isolees, les derricks, les eoliennes abandonnees, les troupeaux microscopiques de betails au loin, les hordes de chevaux en semi-liberte, les barnyards rouges et blancs.
Certains champs sont tout ronds. Comme des palets.
Ce pays est si grand, qu'il peut se permettre toutes les fantaisies.
Je crois que c'est cet espace et cette demesure qui me manqueront le plus.

Nous faisons un premier stop a Limon, joli bourgarde de ... tres peu d'habitants !
Arret a point d'heure dans le troquet local, affames et fatigues.
So typic ....
Tous les habitués, accoudes au bar, pivotent sur leur tabouret, au son de la clochette qui se declenche a l'ouverture de la porte.
Tous ont une biere a la main et nous saluent d'un grand Y'LL general.
Les hommes portent des bottes de cow-boys, des Stetsons vises sur la tete et des chemises a carreaux. Les femmes sont en jean, tee-shirt ou chemisiers. C'est la mise en plis du week-end. C'est la sortie du vendredi soir. YEAHAAAAA.
Les jeunes vautres sur les banquettes en sky beigeasse avec leur date a peloter, ne nous jettent qu'un vague regard. Leur soiree est deja bien entamee, ca French-kiss a mort et ca bibine sec.
Devant nous, sur l'un des murs, un John Wayne geant nous fait un clin d'oeil, il est d'ailleurs present un peu partout. Celebrite locale, réminiscence de l'ancien temps.
En face, une tete de cerf empaillee se marre. Au fond, eclaire par un plafonnier tres bas, un billard attend ses joueurs. Deux TV sans le son sont plantees a chaque coin de la salle.
Tout y est, je suis dans mon saloon, devenu family dinner pour l'occasion.
Je finalise direct le cliché en atterrissant dans un motel bien pourrave de l'autre cote de la route.
Welcome au Safari motel, ses chambres, sa piscine eclairee par un palmier electrique. Bien trop fatigues pour chercher quelque chose d'autre.
Les murs sont en papier de cigarettes, on se demande meme pourquoi ils ont construit des murs. La moquette bordeaux-moche est toute rapee, les murs sont lezardes, le robinet de la baignoire goutte inutilement. Une bible, une TV, un reveil, une clim infernale.
Tout y est, encore et toujours, j'adore. Meme si j'ai pousse un grognement de degout en entrant et un soupir exaspere en entendant le voisin du dessus se coucher a quatre heure et le reveil de ceux d'en face sonner a six ...
Malgre mon impression de depart, c'etait relativement propre. Je n'ai dormi ni en chaussettes, ni avec un pull roule en boule en guise d'oreiller. Bon, juste un Stilox pour la forme, pour calmer mes dernieres angoisses de et-s'il-y-a-avait des betes planquees ou d'autres residus inconnus laisses par les precedents voyageurs ... no comment.
Bon nous aurions pu atterrir ici, c'etait du pareil au meme ! Bon la suite dans Heidi version trashy.