Je viens de me rappeler qu'il y a bientôt 4 ans j'avais failli mettre fin à mes jours, que je n'avais pas d'autre choix, que c'était ça ou faire disparaître ma douleur en pétant un câble. J'étais au bord de la folie ou d'un autre précipice. Une seule envie, que tout s'arrête, m'enfuir, m'échapper, sortir de l'emprise de ce monstre. Pas le choix, vite une issue, n'importe laquelle, si elle me soulage. J'ai mal, il m'a empoisonnée progressivement, il a pris tout son temps, m'a regardée mourir sous ses yeux, en jouissant de me faire souffrir, c'était sa raison de vivre, son salut de vampire, tuer pour survivre, arriver à se supporter lui-même. Torturée, il a joué avec moi pendant 7 ans, jusqu'à ce que j'agonise, que mon coeur semble s'arrêter de battre. Il m'a laissé presque sans vie, j'étais devenue une serpillière. 7 ans pour me faire oublier qui j'étais, pour m'effacer jusqu'à ce que je n'existe plus, ni pour les autres, ni pour moi, jusqu'à cet affaissement des cadavres, jusqu'à ce que je perde toute substance. Il comblait son propre vide en se nourrissant d'elle.Elle était loin la fille pleine de vie, je l'avais laissée tomber, il n'en restait qu'une carcasse. Survivre, c'était bien ça l'idée. En état semi-conscient que j'appellerai mon instinct de survie j'ai profité d'une absence de mon tortionnaire pour faire ce dont je ne me sentais plus capable : m'évader, fuir, unique façon de me sauver. Les mots et les maux sont pour moi vraiment très liés, c'est ce qui détermine en partie notre condition d'être humains, nous délimite dans l'infini. Et si je me suis perdue pendant 7 ans, c'est parce que je n'étais plus en mesure de parler, malgré moi, de communiquer et donc d'avoir un retour, une écoute, un recul, ou de m'aider moi-même.