Dans une autre vie, j'étais normande. Attention pas normande genre villa à Deauville, ou petite ferme entourée de pommiers, non, normande du temps de Guillaume le Conquérant ; pas moins. Même que j'étais peut-être la reine Mathilde… son épouse, celle qui broda la fameuse tapisserie de Bayeux. Dans mon amour de l'histoire, il y a les Vikings, les hommes du nord, à l'origine du Duché de Guillaume. Oublions les monstres sanguinaires, revenons à la vraie histoire : des hommes intrépides, aventuriers, à la recherche de terres plus hospitalières que leurs froides brumes scandinaves, qui s'établirent - entre autres - sur les riants rivages de ce qui devint la Normandie. Bon, ils ont fait un peu de bazar en arrivant, certes, ils ont même poussé jusqu'à Paris, mais finalement s'installèrent là où ils avaient débarqué. Tolérants, souples, ils adoptèrent les us et coutumes locaux et se fondirent tranquillement dans la population indigène. Naquit la langue normande, mélange de (très) vieux françois et d'apports saxons et scandinaves. Je résume, hein ! Parce qu'il y a des bouquins entiers sur le sujet, bien évidemment. C'est cette langue que parlent encore quelques vieux, très vieux, jersiais. Bref. De fil en aiguille, arriva Guillaume, Duc de Normandie, la région étant vassale, un peu indisciplinée (comme les autres, du reste : c'était à qui voulait bouffer l'autre) du petit royaume de France. Pendant ce temps, en Angleterre, le roi Edouard, qui avait vécu en Normandie, sans enfant, avait promis la couronne à Guillaume. Il y avait un tas d'autres héritiers potentiels, donc vous pensez bien que ça a chauffé ! Finalement, la couronne revint à Harold et le sang de Guillaume ne fit qu'un tour ! On lui volait la couronne promise. Hop, ni une, ni deux, il fonça sur l'Angleterre, écrasa sans merci toutes les armées déployées à Hastings (en quelle année déjà ? allez, allez… on réfléchit… ça ne vous dit rien ? en 1066 bien sûr !) et s'installa sur le trône d'Angleterre… qui se mit à parler français (enfin plutôt cette langue issue du français, le normand) etc etc. On trouve encore de nombreuses traces de cette période normande en Angleterre (bien qu'ils minimisent grandement l'événement et traitent encore Guillaume d'envahisseur sans foi ni loi), ne serait-ce que dans leur devise Honni soit qui mal y pense , et la langue anglaise fourmille de mots qui - contrairement à ce que l'on croit - viennent du français.
J'ai passé des vacances à Hastings, et j'ai parcouru le champ de bataille ! Comme vous le savez, je suis folle, j'éprouve des moments d'émotion intense dans certains endroits… et là , je me suis penchée, j'ai caressé la terre et j'ai frissonné ; j'ai entendu les hennissements des chevaux, les cris des hommes, les hurlements des blessés. J'adore cet endroit (je ne suis pas guerrière pourtant !) et la petite ville qui se trouve juste derrière, Battle ; Battle comme bataille. Côté français, la Normandie me parle, elle aussi… je m'y sens chez moi, dans l'air flotte des airs des vieux Nordmen . Et je me vois en dame normande, assise près de la haute fenêtre, brodant et brodant encore, en attendant le retour de mon mari parti guerroyer…
Et à Jersey… l'anglo-normande… c'est encore mieux. J'y suis chez moi, j'ai l'impression d'avoir toujours vécu là , je m'y installerai du jour au lendemain sans réfléchir. Sauf que maintenant, c'est un petit Monaco, il faut montrer patte blanche, ou plutôt patte fortunée pour y élire domicile…
Sûr que dans une autre vie, j'étais une princesse anglo-normande.