Alors que même les candidats républicains aux élections de l'an dernier évitaient comme la peste Georges Bush, Nicolas Sarkozy a eu le rare privilège de la résidence d'été du président américain. Retour sur un contresens diplomatique.Nicolas Sarkozy s'était déjà démarqué en septembre 2006 en critiquant l'arrogance des dirigeants Français qui s'étaient opposés à la guerre en Irak. Samedi, le président français a eu droit à des honneurs particuliers en étant reçu à la résidence d'été en présence de la famille du président américain, privilège très rarement accordé aux dirigeants étrangers. Cette nouvelle rencontre a été une nouvelle occasion de souligner la proximité entre les deux dirigeants, avec une chaleur bien plus grande que lors de la première rencontre avec Gordon Brown. Cette visite, pendant les vacances personnelles des deux présidents, n'avait pas seulement une dimension diplomatique mais était bien la marque d'une proximité personnelle.
Pourtant, quel est le bilan de la présidence Bush ? Une guerre sanglante et sans réel motif en Irak pour satisfaire les lobbys conservateurs et pétroliers. Une remise en cause historique des droits de l'homme à Guantanamo Bay. Un refus de signer le protocole de Kyoto qui n'est pas rattrapé par quelques mesures de dernières minutes. Un Congrès où les élus républicains profitent de leur position pour multiplier les financements de projets locaux sans rapport avec les lois votées. Une gestion hasardeuse du drame de la Nouvelle Orléans. Une absence de solutions apportées aux déséquilibres majeurs de l'économie américaine. Bref, un bilan désastreux, qui a été lourdement sanctionné par les électeurs américains l'an dernier.
C'est pourtant à cela que Nicolas Sarkozy souscrit en se comportant de manière aussi amicale avec Georges Bush. Il n'apporte pas le moindre bémol au soutien à son ami , contrairement à Gordon Brown, qui avait réussi à marquer délicatement certaines différences lors de sa première rencontre. Mais Nicolas Sarkozy a toujours été fasciné par les Etats-Unis. Certes, les discours d'Henri Guaino avaient permis de gommer cet aspect de sa personnalité qui ne cadrait pas avec les attentes des électeurs français. Mais ce rappel est sans doute utile pour mieux appréhender le président.
Quel est le véritable Nicolas Sarkozy ? Le républicain gaulliste des discours d'Henri Guaino ou l'ami de Georges Bush ? Je crains que dans le fond, ce soit plutôt la deuxième solution?
Source : The Economist, 11 août, Le Monde