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Coilectif
Dix sept groupes français issus de la genèse des musiques industrielles, expérimentales, free jazz, musiques de traverse en général et également la suite logique de formations plus récentes, forment COILECTIF. Ces artistes explorent et expriment, ouvertement et sans limites, ce que leur suggère l'héritage de Coil, une bonne manière de rendre hommage à Geff Rushton aka John Balance ou Jhon[n] disparu le 13 novembre 2004. Coilectif est également un hommage à l'ensemble des artistes musiciens et aux illustrateurs Scherer et Ouporov participant au projet, jamais réunis auparavant dans cette configuration, où chacun exprime, par des excursions lunaires, astrales et visionnaires, ce que l'univers de Coil lui évoque tout en conservant son identité artistique. Il ne s'agit pas d'une compilation de remixes ou de reprises de morceaux de Coil, ou encore d'un catalogue de morceaux de ces artistes déjà édités, mais d'un véritable concept de création, dans lequel ce collectif d'artistes s'homogénise autour d'un véritable projet artistique dont les 17 titres inédits forment une oeuvre intime, magnétique et intemporelle. L'édition vinyle et le CD sont accompagnés par des citations de divers artistes et d'un texte écrit pour le projet par l'écrivain et philosophe Jean-Marc Vivenza, appelé Â méditation sur la mort dont voici un extrait.
La non-vérité (...) L'être de l'exister est donc insaisissable, car ce qui est relatif, produit, dépendant, soumis, dominé, n'est pas véritablement. L'être n'est nulle part. L'expérience authentique est donc de réaliser son dénuement. "Je saisis ensombrant que la seule vérité de l'homme, enfin entrevue, est d'être une supplication sans réponse" (2). Il nous faut donc accepter le mouvement inexorable du non-savoir, du non-pouvoir. Dans un monde vide et absent, la créature n'est rien. Ce qui signifie, clairement, que l'existence est soumise à la limite radicalement, foncièrement. Qu'il n'y a rien à comprendre du mystère existentiel, rien à conquérir, qu'il n'y a rien à dépasser, car l'être n'est jamais atteint. Sans accès possible, l'être est présent dans son absence et absent en tant que présent. Lorsque Heidegger écrit, que "l'essence du Dasein consiste en son existence" (3), il faut laisser de côté le sens qu'a ce mot dans la philosophie classique : acte premier qui situe un être hors du néant, hors de ses causes, et le comprendre comme cette possibilité qui caractérise l'homme d'expérimenter une ouverture (non-lieu) où il doit se soumettre dans le dépouillement de toute chose, lieu "dans l'ouverture duquel l'être lui-même se dénonce et se cèle, s'accorde et se dérobe" (4).
Cet espace, ce lieu, est celui où règne le silence nocturne des vérités impensables, inexprimables, là où la pensée retourne en son silence originel ; l'existence dans la plénitude de son inexistence. Moment non manifesté, non-né, non-advenu. Temps inexistant pour un lieu sans localisation. Pour une parole vide de son silence, un dire vide du vide lui-même. Un inconnu à jamais indicible et obscur, une ténèbre insondable et invisible. L'intense abîme du néant en son rien. En cet informulable où prend source toute pensée de la non-pensée, où s'origine le contact ontologique fondamental, où s'enracine les premières lumières de la pensée matinale du logos philosophique. La patrie nécessairement oubliée de l'être.
La révélation de l'inexistence de l'être, n'est qu'un moyen de sombrer plus avant dans l'absence de l'être. L'intolérable ne peut se comprendre, mais il est certain qu'une seule chance par lui nous reste offerte : celle d'accepter le non-sens. L'existant, le sujet, se retournant sur lui-même doit donc impérativement affronter dans l'angoisse, la nuit vide, l'absence cruelle, son ex-pulsion hors de lui-même vers le néant. Le sujet n'est rien d'autre que cette ouverture au néant, à l'innommable altérité face à laquelle il affronte, tout en rencontrant sa tragique limite ; limite tragique au sein de laquelle il atteint tout en l'ignorant son invisble souveraineté. Il n'est donc d'autre mission véritable pour l'être, il n'est d'autre fin authentique pour lui, qu'une souveraine perte définitive qui le condamne au silence du non-savoir et aux ténèbres de la nuit.
Notes. (2) G. Bataille, L'Expérience intérieure, Gallimard, 1943, p. 25. (3) M. Heidegger, L'Être et le Temps, Gallimard, 1964, p. 42. (4) M. Heidegger, Qu'est-ce que la métaphysique? Questions, I, Gallimard, 1989, p. 33.
Source : hautetfort.com
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