J'ai envie de partager avec vous un extrait du livre "les fondements du christianisme", de C. S. Lewis. Pour ceux qui ne voient pas qui est cet auteur, c'est le Monsieur qui a écrit "les chroniques de Narnia" qu'on a pu voir récemment au cinéma (merci Disney...) Ce passage se trouve dans le chapître 6. Assez de palabres, je cite :
"Etre amoureux est une bonne chose, mais ce n'est pas la meilleure. Si bien des choses lui sont inférieures, beaucoup d'autres lui sont supérieures! Vous ne pouvez faire de l'amour la base d'une existence entière. C'est un noble sentiment, mais ce n'est qu'un sentiment. Or, on ne peut se fier à un sentiment pour qu'il garde sa pleine intensité, ou qu'il résiste même à l'atteinte du temps. La connaissance peut durer, les principes aussi, les habitudes également, mais les sentiments naissent et meurent. En fait, quoiqu'en disent les gens, "la condition amoureuse" ne dure généralement pas. Si la classique conclusion des contes de fées "ils furent heureux toujours" est interprètée comme : "pendant les cinquante ans qui suivirent ils éprouvèrent exactement le sentiment qu'ils ressentaient le jour précédent leur mariage", alors ce ne fut probablement jamais le cas et ce serait même très indésirable si c'était vrai. Qui pourrait supporter de vivre dans une telle tension, même pendant cinq ans? Qu'adviendrait-il de votre travail, votre appétit, votre sommeil, ou vos amis? Naturellement, cesser d'être amoureux n'implique pas cesser d'aimer. L'amour -distinct du fait "d'être amoureux"- n'est pas dans ce sens simplement un sentiment. C'est une unité profonde, maintenue par la volonté et délibérément renforcée par l'habitude, réconfortée (dans le sens chrétien) par la grâce que les deux conjoints demandent à Dieu et qu'ils reçoivent. Ils peuvent posséder cet amour mutuel même à ces moments où ils n'éprouvent aucun attrait réciproque. Tout comme on s'aime soi-même alors même qu'on se prend en dégoût. Ils peuvent préserver cet amour même quand chacun pourrait aisément, s'il se le permettait, "tomber amoureux" d'une tierce personne. "Etre amoureux" les a tout d'abord conduits à se jurer fidélité; cet amour plus paisible leur permet de garder leur promesse. C'est par cet amour que fonctionne le moteur du mariage ; "être amoureux" fut l'étincelle provoquant le démarrage.
(...) L'exaltation qu'un garçon ressent à sa première idée de piloter un avion ne persistera pas quand il aura rejoint une escadrille et affrontera les arcanes du pilotage. L'émerveillement que vous éprouvez en voyant pour la première fois un lieu splendide s'éteint quand vous êtes amené à y vivre. Mais cela signifie-t-il pour autant qu'il vaille mieux ne pas apprendre à piloter un avion et ne pas demeurer en un lieu merveilleux? En aucune façon. Dans les deux cas, si vous approfondissez le sujet, la disparition de la première exaltation sera compensée par un type d'intérêt plus tranquille et plus durable. Qui plus est (...), c'est justement les êtres prêts à se soumettre à la perte de l'exaltation et à s'installer dans un concept plus sobre, qui, probablement, éprouveront de nouveaux frissons d'intérêt dans quelque direction tout-Ã -fait différente. L'homme ayant appris à voler, bon pilote, comprendra soudain "la musique"; l'homme qui s'est établi dans le lieu merveilleux y découvrira les plaisirs du jardinage.
(...) Il est bien plus amusant d'apprendre à nager que de s'efforcer inlassablement (et sans espoir) de retrouver le sentiment éprouvé quand, pour la première fois, le petit garçon que vous étiez a pagayé dans un canot."
Ou la petite fille, ajouterai-je.
Pensez à méditer là -dessus!
C.S. Lewis, Les fondements du christianisme, édition LL-France, 9,80€