Je suis drôlement embêtée, parce que ma grande soeur m'a offert l'un de ses bouquins favoris, genre celui qui l'a marquée à vie ou presque, et que j'ose pas lui dire que j'ai trouvé ça nul de chez nul à chier.
Surtout que c'est considéré comme un chef-d'oeuvre parmi les chefs-d'oeuvres.
Et que c'est L'insoutenable légèreté de l'être, de Milan kundera.
Bon, moi, au départ, j'avais rien contre, je l'ai même ouvert avec un certain enthousiasme, surtout que ça commençait sur deux pages de réflexion historique. Chouette que j'me dis, un roman à thèse, fallait bien que je m'en fasse un une fois dans ma vie. Sauf que:
- l'histoire. Ou plutôt l'absence d'histoire. En gros, le coup de la déconstruction, pas de linéarité dans l'histoire, tout ça, les flash-backs, c'est mignon, mais au bout d'un moment, ça casse les pieds. Un coup Machin est mort, un coup là ça se passe avant que Machine se conduise une nouvelle fois comme la dernière des salopes, bref, ça fait très nouveau roman, très "moi j'ai pas peur de briser les conventions", mais c'est tellement pataud.
- les personnages. Deux couples amoureux, Tomas et Tereza d'un côté, Sabina et Franz de l'autre. Sachant que Sabina est l'ex de Tomas. Bon. La morale de tout ça? Les femmes aiment bien être dominées pendant, certaines aiment dominer après. Les mecs sont des chiffes molles qui se réfugient derrière le libertinage ("je crains dégun, je me tape une nouvelle femme par semaine et je le fais savoir à ma femme", ça c'est Tomas), ou derrière une crypto-morale qui consiste à avouer à sa femme qu'on la trompe, et à assumer le fait de se faire foutre dehors. Voilà pour les personnages. En gros, soit on couche avec tout ce qui porte robe (non compris les ecclésiastiques), soit on essaie d'avoir une morale mais on se plante, si homme on est. Si femme on est, c'est le même tarif.
- le côté transgressif peut-être? La conception de l'amour? Ah, l'érotisme petit-bourgeois du second tiers du XXe siècle! Oh, Sabina en soutien-gorge et petite culotte, avec un chapeau melon, torride! Vous vous souvenez de Marlene Dietrich dans l'Ange Bleu? Ben pareil, mais avec autant de charme qu'un porte-savon. Ah oui et pi c'est grave transgressif parce que toutes les deux pages on trouve l'expression "faire l'amour" ou "pendant l'amour" ou "jouir", bref, on se croirait dans Cosmo, en pas drôle.
- Et le tout, composé de platitudes enrobées dans des citations philosophiques : et vas-y qu'on cite Nietzsche, Descartes, que sais-je encore. La prétention atteint son comble avec une sorte de petit dictionnaire visant à caser des morceaux de littérature que l'auteur semble n'avoir pas réussi à mettre ailleurs dans son récit.
Bref, la seule chose qui sauve le bouquin, ce sont les deux premières pages (sur la notion de l'"éternel retour") et tout ce qui concerne l'ambiance dans les pays communistes, en l'occurence la Tchécoslovaquie au temps du printemps de Prague. Mais moi, je suis drôlement emmerdée, parce que si ma soeur tombe sur ce post, elle me crève les yeux.