Il faut avoir une idée. Une seule disait Heidegger. Mais une idée. Pour la vie. Pour le meilleur et pour le pire. I do. I do. Vous pouvez embrasser l'idée. Le matin, on se lève, on a l'idée avec nous, on la cajole, elle va nous porter pendant une bonne quinzaine d'heures, peut-être qu'on rêvera d'elle pendant la nuit prochaine, on lui donne son temps libre, on fait des blogs, on peint, on parle mais c'est pour elle, elle nous travaille dans la coursive et un jour ce sera le happy end, elle sera devant nous, bien formée, enfin parfaite, on pourra dire qu'on lui a tout donnée, elle nous fera rayonner, parce qu'au fond on sait très bien elle et moi que c'est pour ça qu'on l'arrose, qu'on la coupe, qu'on la regarde pousser, pour que les voisins, le monde, les avatars du net nous disent enfin : tu es. Je pense à une idée, donc je m'exhibe. Je ne suis qu'elle. A croire que je ne suis qu'une illusion, que l'idée m'a depuis toujours, depuis tout petit, manipulé comme elle voulait et j'étais l'esclave volontaire.Mon idée. Elle. Moi. The beginning of a beautiful friendship.Clap de fin qui n'est que le commencement.
Un moyen de supporter le mur du temps, peut-être. Un dispositif individuel de contrer la morgue d'un destin inexistant. Une vision messianique à la petite semaine pour se redorer le blason auprès de ses collègues d'idée. Le net est un fantastique bureau sans machine à café où l'on parle de son idée, où l'on tourne autour devant des dizaines d'autres personnes qui font pareil. Les conversations sont cryptées. Un excellent , un émouvant , un ah, quel talent , sont les observations d'instit qui sont dans le même bateau, les stations de calvaire qui nous disent : tu approches, bientôt, bientôt elle sera belle, grande, magnifique. Manipulation oblige, l'idée nous paye en reconnaissance. On croit qu'on la suit, mais c'est elle qui fait de nous ce qu'elle veut.
La paresse est la seule chose que l'idée n'aime pas chez ses esclaves volontaires. La paresse est la seule chose qui nous fait refuser notre humanité, peut-être. Une drôle d'humanité.
Moi je suis fatigué. D'avoir une idée, de la traîner avec moi, de ne pas trop savoir à quoi elle ressemble, de me dire dans mon temps libre, écrit, fait quelque chose, exprime toi. J'ai l?à quoi bon qui me titille sérieusement le bulbe de la volonté, où qu'il soit. Le silence, le vide. Je vais me mettre au yoga, et chasser les idées, faire le vide. En finir avec la culpabilité de ne pas utiliser le temps pour le grand destin personnel de la découverte incessante de moi. Je suis fatigué de moi. Moi m?énerve. Moi veut toujours que j'écrive, il veut que je me lève tôt le matin quand je suis en congé, il me fait miroiter le temps glorieux des Grecs et l'immortalité. Mais si j'étais pas à la hauteur. Est-ce que Moi peut le comprendre, ça ? Pas à la hauteur, ou simplement rattrapé par des dizaines de clichés sociaux qui me manquent. Ouais, Moi, je te le dis, ça me manque de ne pas vouloir de stabilité Croire qu'on est destiné à : la plus grande machine à frustrations. Apprendre à être banal.
Le vide, mon idée, pour le vide, mon royaume au périmètre insipide pour le rien. Suspendre toutes les idées. Ne pas en faire une idée, surtout. Apprendre autre chose. Don?t think, just do.