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Être tenu en laisse

Mercredi dernier ça s'est décidé. On part Emy et moi. Pour le week-end. Je n'ai plus beaucoup de congé, je n'ai plus d'argent. Je déroche mon téléphone, j'empreinte à mes parents, je prends un crédit Confiance de chez Cofinoga en sus. Je m'en sors pas trop mal, de quoi mes payer mes factures, partir avec elle parce que je ne peux pas faire autrement et mettre de côté de quoi dépenser à New-York avec Romane et les autres. Je bois un verre jeudi soir avec Monica, Dam et Lisy. Une copine de Monica est là, je dis que je peux pas rester longtemps, je dois rejoindre Emy qui n'a pas voulu venir et qui se sent seul, la copine me demande ce que ça fait d'être tenu en laisse. Je rigole, mais c'est exactement ça. Toute la semaine, Emy a pleuré, me faisant comprendre que je ne pouvais pas la laisser tomber, j'ai flanché, j'ai essayé de trouver des raisons pour lesquelles je partirai un week-end avec elle plutôt que de me regarder en face les raisons pour lesquelles je ne voulais ni ne pouvais pas partir. J'en ai trouvé des tonnes : je n'ai pas pris de vraies vacances depuis un an et demi. Alors? J'ai besoin de me détendre. Bien? Je veux voir d'autres gens. Parfait? Aucune raison n'est valable. Qui trouve des raisons à la pelle s'accuse forcément. Direction l'Autriche vendredi matin, lever à 5 heures du matin. Le week-end fut bon, calme ; Vienne est une ville Disney sans intérêt véritable, les Viennois qu'on a rencontré sont relativement méprisant, aucun ne parle Français à deux exceptions près, le Danube n'a jamais été bleu, mais il faisait beau, on s'est baladé, on a fait du vélo,on a bouffé de la Wurst, on a bu du mauvais vin pour moi, et de la bonne bière pour elle, on a même fait un tour de grande roue ridicule à Praterstern dans une fête foraine permanente qui comme toute la ville s'endort à onze heures le soir. L'hôtel était excentré, j'avais trouvé un prix imbattable dans un Mercure en plein centre, mais elle a préféré Suitehôtel de 10 euros plus cher, de l'autre côté du fleuve ; quoi qu'il en soit, la chambre était parfaite et confortable, et les gens sympathiques. Entre deux crises de larmes de sa part que je ne cherche plus à comprendre, j'ai profité de ce temps pour me relaxer complètement, je n'ai pas cherché à la contredire quand elle m'a parlé des relations entre l'amour et le sexe, de la question de l'identité, du capitalisme et de l'altermondialisme. Je ne cherche plus vraiment à expliquer ce que je peux penser sur tout ça. Je n'ai pas arrêté de dire : tu dois avoir raison, je suis un peu con de toute façon. Gentiment, parfaitement. Elle s'est crue intelligente, et elle l'était. Il n'y aurait pas eu les larmes, bon sang, tout aurait été parfait. Au retour, elle me demande de passer la fin du dimanche après midi chez elle, je réponds non. Dans mon non , il y a eu quelque chose ferme que je n'ai pas contrôlé. Elle a pleuré. J'ai accepté de bouffer avec elle à Opéra avant qu'on rejoigne chacun nos appartements, c?était détendu jusqu'à ce qu'elle m'annonce qu'elle devrait aller voir un psy, qu'elle était déprimée et qu'il fallait que je m'occupe d'elle. J'ai répondu ce que je réponds d'habitude. J'ai répondu sans aucune implication, je ne me suis pas senti particulièrement coupable. Je prends ce que j'ai en face de moi, et j'essaie de me détacher un peu pour avoir ma dose habituelle de liberté. Emy est une fille qui peut être gamine et exhitionniste, Emy est une fille qui pourrait valoir la peine si elle prenait le temps de lire autre chose qu'alternative économique et des romans de Fred Vargas, de croire que le sport est l'alpha et l'omega de la vie... Je n'ai rien, ni contre Vargas, ni contre le sport, ni contre Atlernative économique, mais pour le reste, le reste du monde, il y a autre chose ; les conceptions du monde monocentriques ne donnent qu'un horizon de pierre. J'ai plus de monde que celui d'une pierre à partager, je crois. Mais. J?étais tout de même content d'être là bas, dans cette capitale musée, morte, qui vit sur Klimt et Mozart dont elle fait des tasses à café, des chocolats et des donneurs de tract sur ses main streets à la Disney. Comme une respiration, je vous dis. Mais.


Source : hautetfort.com
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