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[France] La généalogie passione de plus en plus les Français

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La généalogie, passion française
À LA RECHERCHE DE NOS ANCÊTRES
Par Antoine Boitel

Descendez-vous d'un roi ou d'un pendu ? Sans doute un peu des deux, selon la formule consacrée.

Un jour, une amie qui s'étonnait du goût des Français pour la généalogie m'a demandé : ?Mais pourquoi aller chatouiller ainsi nos ancêtres ??? Ce genre de questions, Mme Saffroy n'y répond plus que par une boutade. Dans sa librairie généalogique installée en face du marché couvert de Saint-Germain-des-Prés, le coeur historique du Paris littéraire, s'empilent des centaines de beaux volumes, vieux de plusieurs siècles. On y trouve aussi quelques tables de travail et des ordinateurs devant lesquels les passionnés se creusent les méninges tous les jours. Parfois, la passion va très loin et pose certains problèmes, même dans les couples. À l'époque où mon père tenait la librairie, il y avait un habitué qui avait fini dans une chambre de bonne : sa femme n'en voulait plus ! Elle ne pouvait plus voir ses livres? , se souvient-elle. Des mordus, Mme Saffroy en a vu passer beaucoup depuis des années. C'est son arrière-grand-père qui a fondé la librairie en 1880. Aujourd'hui, ce commerce est unique en son genre. À tel point que les mormons traversent l'Atlantique pour venir la consulter, alors qu'ils ont un immense bunker antiatomique dans leur ville de Salt Lake City aux États-Unis, dévoué à la recherche des ancêtres (dans le but de les baptiser).
Parmi toutes les nations, la France fait d'ailleurs figure d'exception en généalogie, pour plusieurs raisons. Tout d'abord pour son grand nombre d'amateurs : rien qu'à la Fédération française de généalogie, on dénombre quelque 150 associations affiliées et 62 000 amateurs inscrits. Mais il y aurait 500 000 à 700 000 passionnés en France et un potentiel de 5 à 6 millions d'intéressés, selon le président de la fédération, Michel Sémentery. En mai 2007, le dernier congrès, à Tours, a réuni 600 participants et attiré 25 000 visiteurs. La fréquentation promet d'être encore plus importante au prochain rendez-vous de Marne-la-Vallée, en mai 2009.
Notre pays est également l'un de ceux qui ont la plus grande richesse patronymique. Les données de l'Insee en comptent plus d'un million, même si ce chiffre est parfois contesté. Il faut tenir compte du caractère changeant de l'orthographe des noms, explique le généalogiste Jean-Louis Beaucarnot sur son site Internet : un Dupond peut tout à fait descendre d'un Dupont. Il n'y aurait donc qu'un seul patronyme ici, et pas deux. Ce qui ramènerait à 300 000 le nombre total des noms ? encore un beau patrimoine !
Cette profusion est née naturellement de la forte diversité géographique du territoire : plus il est étendu et varié, plus il y a de sortes de métiers, de langues régionales et de brassages culturels. Or ce sont des ingrédients fondamentaux dans la création des noms. On appelle cette science l'onomastique. Ainsi, ?Fabre? signifie ?forgeron? en occitan.
Depuis dix ans, un nouveau public envahit les archives
Les Fabre devront donc chercher leurs racines au sud de la France. Ceux dont le nom finit en ?el? devront diriger leurs recherches vers la Normandie. Mais si vous vous appelez Lefebvre, votre ancêtre venait sûrement du Nord.
La France se distingue enfin par ses archives, véritable modèle en la matière pour les autres nations. Il y a bien sûr les registres paroissiaux où les prêtres notaient soigneusement, sous l'Ancien Régime, les baptêmes, mariages et sépultures (les spécialistes parlent des BMS). Il y a, ensuite, notre état civil, créé en 1792. Depuis lors, les actes de naissance, de mariage et de décès sont dressés par les municipalités, lesquelles sont censées déposer aux archives départementales tous les fonds remontant à plus de 150 ans. Il en va de même pour les archives notariales de plus de 100 ans. On y retrouve notamment les inventaires après décès qui sont une mine pour les généalogistes. Grâce à l'ensemble de ces documents, il est raisonnable d'espérer remonter assez vite à la fin du XVIIIe siècle en France.
Ce n'est pas le cas en Espagne ou en Italie, où les archives sont plus difficiles à consulter. En Afrique, la tradition orale peut faire remonter une généalogie très loin, de mémoire, mais le système a ses limites. Aux États-Unis ou au Canada, enfin, l'histoire est courte et les recherches finissent toujours par déboucher sur des branches européennes.
Il arrive couramment que les gens nous appellent pour nous confier une malle au fond d'un grenier remplie d'actes notariés ou de recherches d'une personne qui vient de décéder , témoigne Julien Duvaux, archiviste dans l'Hérault et passionné de généalogie. Les archivistes eux-mêmes sont une source d'aide importante : Si vous débutez votre arbre et que vous ne savez pas comment vous y prendre, les employés des archives seront toujours ravis de vous assister. Dans nos salles de lecture, par exemple, il y a environ 80 % de généalogistes parmi les visiteurs. Nous nous efforçons de les accueillir au mieux et de débloquer leurs recherches, le cas échéant , ajoute-t-il.
Depuis une dizaine d'années, les archives ont appris à composer avec ce nouveau public, même si, dans certains centres, on déplore quelques indélicatesses, comme des pages arrachées ou des documents volés? Sans parler des effectifs souvent trop réduits pour pouvoir aider tout le monde.
Car ils sont nombreux à chercher leurs racines, surtout ceux qui sont venus à la généalogie par Internet : Le profil type du vieux monsieur à la retraite qui se lance en généalogie a radicalement changé. Internet a gommé tout ça. Aujourd'hui, la moitié d'entre eux ont entre 25 et 50 ans et il y a presque autant de femmes que d'hommes ! , se réjouit Michel Sémentery. Notre discipline s'est démocratisée. Les Français ne cherchent plus, en général, à se trouver une particule. Ils sont à la recherche d'une histoire sociale. Ce processus s'est amorcé après la guerre et ne s'est jamais arrêté depuis. Avec les nouvelles technologies, c'est encore plus significatif. On dirait que ce système a été créé pour ça. Tout fonctionne par lien, comme un arbre, c'est idéal. De nombreux sites Internet spécialistes de la recherche généalogique permettent aux amateurs de se lancer dans l'aventure. Le dernier-né : http://famillesdavant.linternaute.com, qui compte déjà un réseau de 4 millions de membres. Il offre aux utilisateurs la possibilité de créer, de partager ? et donc d'enrichir ? leur arbre généalogique.
Selon Michel Sémentery, l'engouement vient d'un fait historique assez simple : l'exode rural a poussé les Français à se retourner sur leur passé et sur celui de leurs ancêtres. Ils se sont retrouvés isolés dans des grandes villes et sont en quête d'identité.
Une fois qu'on a mis le doigt dans l'engrenage, et pour peu qu'on ait le goût des jeux de patience, il devient difficile de s'arrêter. Car la généalogie est une matière très complète, qui sollicite de nombreuses disciplines : l'histoire, bien sûr, mais aussi l'ancien français, la paléographie (le déchiffrage des anciennes écritures), parfois l'héraldique (l'art des blasons), le droit canonique, le droit civil? Michel Sémentery explique que la généalogie peut même aider la médecine : Pour retrouver les origines d'une maladie génétique, on fait parfois appel à nous, c'est un aspect de notre passion auquel nous tenons beaucoup.
L'humanisme aussi est au rendez-vous : La généalogie, c'est un parfait antidote aux préjugés, continue le président de la fédération. Nous avions un aïeul dans les cavernes, il ne faut pas l'oublier ! Nous descendons tous de très peu d'individus. Et ils ne sont pas si loin que ça : entre nous et l'an zéro, il y a moins d'une centaine de générations. On s'amuse à découvrir ainsi des cousinages improbables entre célébrités : Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand et Élisabeth II par exemple. On s'étonne de constater que la famille Mitterrand vient d'un village nommé Chirac ou que l'ex-premier ministre, Dominique de Villepin, devrait s'appeler, tout simplement, Dominique Galouzeau. Fanny Ardant aurait aussi des ancêtres communs avec Hugues Aufray, qui cousine lointainement avec François Mauriac, plus ou moins parent de Marcel Proust? De fil en aiguille, peut-être cousinez-vous, vous-même, avec ces illustres personnages ?

Source : Valeurs Actuelles


Source : hautetfort.com
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