La formation du peuple français
Des premiers peuples historiques européens, le peuple ligure aura un impact significatif sur le peuplement du futur territoire de la Gaule.
Peuple entré dans l'Histoire sous la plume des écrivains grecs, il pourrait appartenir à la famille linguistique indo-européenne. Les Ligures seraient les initiateurs d'une civilisation lacustre, ayant occupé essentiellement le bassin du Rhône.
Le grand historien Funck-Brentano en fait une belle description physique : "Les écrivains anciens présentent les Ligures comme gens de taille médiocre, aux cheveux bruns, singulièrement robustes et doués d'une rare énergie"
Plus au Sud s'étend, dans le prolongement des Pyrénées, le territoire des Ibères. "Le mot "Ibère" désignerait, non une race, mais un Etat, l'empire de l'Ebre" (ibid.). Cet empire se serait formé au début du 5ème siècle avant Jésus-Christ.
Sa langue est l'euskarien, que nous appelons le basque. Deux composantes y seraient mêlées : l'une ibère proprement dite, agglutinante, et l'autre italo-celtique.
Venus de Bohême et de Bavière, les Celtes seraient arrivés en Gaule entre le VIIIème et le Vème siècle avant JC. Ces hommes manient l'épée de fer, et parviennent à soumettre les populations locales.
La dernière vague celtique est belge ; elle se déverse entre la Seine et le Rhin au début du 3ème siècle, repoussant d'autres peuples celtes. C'est ainsi que les Séquanes de la Seine supérieure sont refoulés vers la Saône et le Jura.
Il semble que certaines régions aient connu un apport celtique moindre : les Gaulois d'Aquitaine sont plus petits, plus bruns aussi : ils gardent l'empreinte ibère. César les appelle "Aquitains". Sous Charlemagne, ils seront les "Gascons ".
Au nord de la Seine, les Celtes sont grands et largement blonds. César pense que la plupart sont d'origine germanique. Parfois, les deux peuples sont confondus. Les Cimbres, connus pour leurs incursions à l'Est de la Gaule et à l'origine indéfinie, sont appelés "celto-germaniques" par les historiens. Quant à l'aspect physique des Celtes, on a aussi dit qu'ils auraient ressemblés davantage aux Slaves qu'aux Germains.
Sur le plan ethnique, l'impact de la conquête romaine est minime. Des six colonies "romaines" installées en Gaule, cinq l'ont été en Narbonnaise. Quant aux colonies dites "latines", elles ont été établies soit en Narbonnaise, soit sur le Rhin, c'est-à-dire dans les frontières de l'actuelle Allemagne.
Quelques milliers de Romains se sont ainsi établis en Gaule, peuplée alors de 5 à 6 millions (selon l'avis général) de celto-ligures : un peuplement non-significatif ethniquement.
Cependant, au Vème siècle, les vagues d'invasion charrient plusieurs peuples germaniques. La Gaule en restera marquée, en devenant le royaume du plus grand de ces peuples "barbares".
Ce sont les Alamans qui se taillent un territoire en Alsace et dans le nord du Jura, les Burgondes qui s'installent en Savoie comme fédérés. Les Saxons, arrivés par la mer, laissent un important impact en Boulonnais et dans ce qui deviendra la Normandie. Sangatte, Ouistreham, Houlgatte sont des noms saxons.
En surplus, une partie du grand peuple Goth se déverse en Gaule. L'origine de ces Germains orientaux mêlés à des Baltes serait la Scandinavie. Un royaume wisigoth éphémère, rayonnant autour de Toulouse, est leur oeuvre. Plus tard, à l'époque de Charlemagne, la Narbonnaise sera appelée la Gothie, parce qu'elle aura accueilli les Goths fuyant l'Espagne mauresque.
Enfin, les Francs sont des Germains aux origines empreintes de mystère. La tradition orale, à la suite de Saint Grégoire de Tours, évoque une lointaine origine troyenne : descendants de Francion, fils d'Hector, ils auraient migré vers l'Europe centrale pour fonder en Pannonie Sicambre, l'actuelle Budapest, avant de rejoindre l'embouchure du Rhin. Cette hypothèse est aujourd'hui contestée. Les Francs seraient une confédération de peuples germaniques affaiblis par les Romains, regroupant une centaine de milliers d'individus.
A la même époque s'établissent aussi en Gaule quinze milliers d'Alains, un peuple iranien, cousin des Sarmates, que les ethnologues allemands appelleront les "Germains du Caucase" à cause de leur aspect nordique. Peuple cruel, dont la chevelure tire vers le blond, leur dieu est une épée plantée dans le sol. Ils laissent en Orléanais les noms d'Allainville et d'Allaines.
Plus tard viendront par mer les Vikings et les Bretons. La question de l'impact de ces "grandes invasions", pour beaucoup germaniques, divise les historiens. Parler d'une proportion de dix pour cent de la population gallo-romaine de l'époque semble une hypothèse prudente.
L'essentiel est que du IXème à la fin du XIXème siècle, la composition du peuplement de la France reste stable.
Il y aura seulement l'arrivée de quelques dizaines de milliers d'Italiens échelonnée sur plusieurs siècles.