Mon tendre aimé,
Je sais que la coutûme veut que je ne commence pas une lettre ainsi. Mais depuis votre départ, je n'ai plus aucun repère. Après tout, vous savez très bien où je me situe, et je ne vais pas commencer à noter le trou d'obus dans ce champs de bataille où vous vous trouvez. Vous qui vouliez voyager. Verdun est une ville bien accueillante m'a dit une voisine. Elle pourrait l'être si nous étions en paix. Voilà trop longtemps que vous êtes partit. Je barre les jours depuis que vous avez déposé ce dernier baiser sur mes lèvres. Si seulement je pouvais avoir un quelconque moyen de savoir quand vous rentrerez, l'attente en serait bien moins longue. Mais nous avons beau nous escrimer nous mères, soeurs, femmes ... à demander quand la guerre sera finit. Personne ne daigne nous répondres. Patience ... Pour n'importe quelle autre chose je suis patiente ; pour aller chercher les rations de viande, de pain je peux tenir debout pendant des milliers d'heures, pour attendre le facteur chaque jour qu'il m'apporte quelques nouvelles écrites de votre main je pourrais le guetter toute ma vie ... Mais attendre la fin de la guerre ... Je ne sais pas si je pourrais attendre. La mort m'emportera un jour ou l'autre. Un grand ami à vous un jour vous avez dit avec un ton sarcastique face à l'espoir de me conquérir un jour : "L'espoir fait mourrir de faim". Vous lui aviez répondu avec beaucoup de tact : "L'espoir fait vivre". Je ne sais pas quelle phrase utilisée lorsque votre mère me demande si je garde espoir.
Mais cette lettre n'a pas pour but de vous démoralisez, vous devez déjà l'être assez ... Mon pauvre, je vous ennuies avec toutes mes pensées. Passons à d'autres choses.
Ce tantôt je suis allée voir le médecin. Il m'a osculté et m'a certifié que le bébé était en pleine santé, j'espère qu'il est de même pour vous ? Il m'a aussi avoué qu'il y a de fortes chances qu'il soit la pour le printemps prochain. Je prie Dieu tous les soirs et savez-vous ce que je lui demande à chaque prière ? Je lui demande que vous soyiez de retour pour la naissance de notre enfant. La tradition familiale veut que ce soit le père qui coupe le cordon ombilicale. Même si sur ce point vous voulez que j'accouche dans l'un de ses établissements que vous nommez hôpital, je ne m'y sentirai pas en sécurité. Je ne veux pas qu'une étrangère coupe le cordon. Je veux votre main ferme et rugueuse. Je veux que ce soit vous, mon mari, devrai-je dire, mon futur mari. Je souhaite votre retour à mes côtés le plus rapidement possible, je vous veux pour mari, et je veux faire taire ses ragots qui ne cessent de me hanter. Je vous imagines me dire qu'il ne faut pas y faire attention. Mais un enfant qui naît alors que sa mère n'est pas mariée, juste promise ... Avouez que cette situation est un peu génante. Voilà que La Jeanne croit que je couche dans n'importe quelle chambrée. Je vous aimes trop pour vous trompez. Qui plus est avec un homme qui n'est pas allé au front, se battre pour sa patrie, et qui avec un peu d'argent à acheté sa liberté.
Je n'ai de cesse de vous couvrir de laurier. Mes voisines me répètent que vous avez de la chance de m'avoir connu. Je n'en suis pas si sûr. Dieu a voulu que nous nous aimions. Je pense donc qu'il n'y a pas de hasard face à cette rencontre. Vous verez à votre retour, je vous offrirez un doux logis où vous pourrez vous reposer. Une belle descendante. J'espère vous offir un garçon en premier lieu. Je vous laisses le choix sur le prénom. Je vous dois bien cela. L'appelerez vous comme votre grand-père ou comme votre père ? Je suis bien curieuse de l'apprendre ! Votre enfant que je porte, connais déjà tout de vous. De votre chanson préférée à notre rencontre. Je lui parle en caressant mon ventre. Comme ça, si par le plus grand des malheurs la guerre ne finit pas avant sa naissance, il connaîtra déjà beaucoup de chose sur son père.
Je sais que ce n'est pas très décent de vous écrire ceci, mais peut-être que je cherche quelque part à vous redonnez un peu de sourire, au milieu de cette boue, ce froid, ces morts ... Je voulais vous confiez que la nuit de votre départ, je pense que je ne pourrais jamais me l'ôter de l'esprit. Dès que je repense à vous, vous me procurez envie, désir et plaisir. J'avais bien lu dans beaucoup de livre le passage à l'acte, je m'étais imaginé que l'homme serait brutal probablement. Mais vous, vous êtes d'une douceur incomparable. J'aime la façon dont vous m'avez enlacé lorsque ce fabuleux moment fut passé. Tous les mots que vous m'avez glissés à l'oreille. Puis vos caresses. Vos mains, je ne pourrais jamais m'en lasser. Vos paumes sont certes rugueuses mais j'aime qu'elles se promènent sur mon corps. Je suis toute à vous. Je serais votre femme pour ce monde et pour l'autre. Rien ne nous séparera jamais. Même pas la mort, car Dieu une fois de plus pardonnera tous nos pêchers, et nous nous retrouverons tous deux au paradis. Je me donne entière.
Revenez moi le plus vite possible, donnez moi de vos nouvelles, que l'espoir perdure et ne s'éteigne jamais. Une femme ne peut pas vivre sans son mari, ce serai immorale.
Baisers exaltés.
Votre dévouée Maria.