Je dors encore, quand je suis réveillé par le passage des éboueurs. L'un des passages, plutôt : avec le tri sélectif, il y a deux, voire trois bennes qui se succèdent dans la matinée pour ramasser une catégorie de conteneur. Là , il s'agit de ce qui se fait de plus bruyant : la collecte du verre.
Je commence donc à être réveillé par le bruit des premières poubelles de bouteilles déversés dans la benne. Puis soudain, un bruit de verre plus fort, et surtout plus long, que pour un bac normal. Mais il n'en fini pas de se vider, ce conteneur commences-je à penser en sortant peu à peu de ma torpeur. Dans ce vacarme bizarrement long et fort de verre qui se brise, des éclats de voix. Puis le silence qui tout d'un coup se fait. Pas long, le silence, car les éclats de voix sont très distincts maintenant que le moteur de l'engin est coupé. C'est clair, il y en a un qui est en train d'engueuler les autres. Puisque c'est foutu pour ma grasse matinée, je me lève pour ouvrir les volets, plutôt de mauvaise humeur.
Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, je me met à sourire malgré ce réveille brutal et précipité : dans la rue, juste sous ma fenêtre, un immense tas de verre est répandu en belle pyramide à l'arrière du camion. En se trompant de bouton pour je ne sais quelle manoeuvre, l'un des employés a ouvert l'arrière de la benne, qui a donc vidé une bonne partie de son contenue sur la chaussée. C'était original, cette montagne de verre pilé en plein milieu de la rue, ça avait un petit coté art moderne décalé. C'était évidemment beaucoup moins drôle pour les pauvres éboueurs qui ont bien mis une demi heure, à trois, pour pelleter tout ça, mais moi, bêtement, ça m'a tout compte fait mis de bonne humeur pour la matinée. Je suis méchant, parfois.