Le principe selon lequel les hommes sont tous libres par nature et possèdent tous des droits égaux est une véritable absurdité puisque par nature les hommes ne sont pas égaux. Quand on a dépassé le stade simplement naturaliste, être une personne n'est pas une qualité uniformément distribuée, elle ne peut constituer une dignité égale pour tous et dérivant de la simple appartenance d'un individu à une espèce biologique homme . (?)
La liberté, premier terme de la trilogie révolutionnaire, doit être comprise et défendue de façon qualitative à la mesure de chaque personne : à chacun doit être dévolu la part de liberté qui lui revient, mesuré par la stature et la dignité de sa personne et non par le seul fait abstrait et élémentaire de son état d'homme ou de citoyen. (?)
L'inégalité est vraie de fait pour la seule raison qu'elle est vraie de droit, elle est réelle pour la seule raison qu'elle est nécessaire. Ce que l'idéologie égalitaire voudrait dépeindre comme un état de justice, serait au contraire, d'un point de vue plus élevé et à l'abri des rhétoriques humanitaires, un état d'injustice. C'est une chose qu?Aristote et Cicéron avaient déjà reconnue. Imposer l'inégalité veut dire transcender la quantité, veut dire admettre la qualité. C'est ici que se distinguent nettement les concepts d'individu et de personne.
Julius Evola, Les Hommes au milieu des ruines, 1953.