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L'adieu à Jean Rédélé
12 heures ce mardi. Gianpaolo gare son auto en un réflexe conditionné, quasi pavlovien, au 11 de la rue Forest, siège historique des Automobiles Alpine, aujourd'hui géré en parking par la famille Rédélé. On nous indique qu'au cinquième niveau restent des places. L'immeuble est désert lorsque claquent les portières. Au fond du garage, notre attention est attirée par une rampe dont l'accès est interdit par une demi-barrière style passage à niveau. Une tache bleue y troue l'ombre, une Alpine. Nous montons la rampe qui donne sur une salle immense, vide à l'exception d'une cinquantaine de voitures alignées le long des murs, des Alpines, des Alpines, des Alpines. C'est aujourd'hui qu'on conduit à sa dernière demeure le créateur de ces machines. Il nous a plu de penser que son esprit nous a guidés, Gianpaolo et votre serviteur, jusqu'à ce musée privé dont nul ne sait l'existence, ou presque. Y trône la toile que nous avons photographiée. Nous descendons par l'ascenseur particulier qui conduit droit au rez-de-chaussée, où un monsieur très comme il faut nous tope. - Messieurs, d'où venez-vous ? - Du musée privé, cher Monsieur, fait Gianpaolo, très directeur de cabinet. - C'est interdit, il s'agit d'une collection particulière, Messieurs, vous n'aviez aucun droit... - Cher Monsieur, en ce jour particulier nous nous sommes autorisés à rendre ce dernier hommage à Jean Rédélé. Le monsieur très comme il faut se présente, il est le directeur de l'établissement. Désarmé, il nous serre le bras et on sent passer comme une vibration. Monsieur Jean était là ce mardi.
La berlinette jaune convoyée par les Amateurs de la berlinette Alpine du Haut-Rhin (ABAHR) égayait de la couleur de la vie le parvis de Saint-Pierre de Montmartre qui ne tarda pas à virer au noir. Quelque 500 personnes ont assisté à un office particulièrement émouvant marqué par un sublime Jésus que ma joie demeure de Bach et personnalisé par l'intervention des filles de Jean Rédélé qui ont dit quel père il était. Chacun dans la nef, en son for intérieur, savait quel pilote il était, quel chef d'entreprise il était, quel meneur d'hommes il était. Devant nous, Jacques Cheinisse, le compagnon de toujours, allure patricienne toute de dignité contenue. Lui sait.  Au delà de la peine, sublimée la douleur, un enterrement est riche d'une mission sociale que peu d'événements permettent. On y communique mieux que dans le cadre d'un mariage, on s'y retrouve en tête-à-tête avec soi, avec son histoire. C'est en cela que le cinéma et la littérature font leur lit des funérailles. La mort de Monsieur Jean aura permis à Jean Ragnotti de discuter le coup avec Jean-François Rageys sous le regard de Jacques Cheinisse (à droite) alors que Jean-Pierre Nicolas ne laisse pas sa part au chien. En arrière-plan, l'immense Jean-Luc Thérier tandis qu'à gauche Mauro Bianchi éclaire l'image.  Et lui, vous le reconnaissez ? fait Gianpaolo. Moity plisse la lippe en une moue élogieuse. Pas vraiment, on dirait. Il faut dire que pas loin de trente ans ont passé depuis que nous avons franchi le seuil d'Autohebdo pour la dernière fois. L'ancien rédac'chef ne remet pas celui à qui il donnait la rubrique Grands Prix fin 77 et que son interlocuteur, votre serviteur, par paresse, avait refusée. C'est Vatan ! dévoile Gianpaolo. Ah c'est vous qui faites... comme dit-on déjà ? Un blog, c'est ça ?Patrice Vergès m'envoie des kilos de papier de votre blog mais moi l'informatique me fait chier... Vous savez, je vis dans un trou dans l'Indre. Quand j'achète L'Equipe je me tape trente bornes, c'est jour de fête ! Etienne Moity, notre ancien patron, un type super qui aura marqué notre jeunesse. Il cause comme dans un film d'Audiard, le hic c'est qu'on ne peut transcrire que le quart de ce qu'il raconte, le reste nous vaudrait des procès. Il ne sort plus guère de chez lui, d'abord parce qu'il a une basse-cour à nourrir, et qu'ensuite le monde moderne l'emmerde. Mais il va volontiers aux enterrements. Il y retrouve les copains, enfin ceux qui restent. J'ai été à l'enterrement de Chardonnet, récemment, y'avait pas un chat et j'ai raté celui de Servoz-Gavin, c'était où ? A Grenoble ? Bon c'est pas l'tout, les p'tits gars, j'ai un dur à prendre, au prochain enterrement !
Cérémonie funèbre en hommage à Jean Rédélé . Eglise Saint-Pierre de Montmartre . 14 août 2007
Portrait de Jean Rédélé © MdS Berlinette jaune © MdS Portrait de groupe © MdS Trio d'anciens combattants © Pascal Bisson
Source : hautetfort.com
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