L'analyse n'est pas une conversation ni un échange entre le psy et le patient, mais une confrontation entre le patient et lui-même, son passé, son histoire, ses parents, ses douleurs, ses manques, il est important, essentiel même que le psychanalyste ne s'interpose pas. Son silence permet à l'analysant de projeter sur lui toutes les pensées insoutenables et refoulées impossibles à dire à quelqu'un. Le silence du psy facilite donc les projections transférentielles : à quelqu'un qui ne dit rien ou pas grand-chose, on peut prêter toutes les pensées possibles !
Son inconscient, lui, n'oublie pas ?
En effet, l'inconscient ne connaît pas l'oubli. Nous croyons oublier mais notre inconscient garde la trace de tout ce qui nous arrive. Il refoule, dénie ou rejette ce qu'on ne peut élaborer, le conserve ou le tient à notre disposition, prêt à ressurgir dans un symptôme, un rêve, un acte manqué. En outre, il tient une très bonne comptabilité du temps qu passe, des heures et des dates qui le scandent.
C'est ainsi que choses oubliées, refoulées, rejetées, reviennent à la surface, s'offrant à nous pour que nous les vivions, pour nous inciter à nous y perdre ou à les dépasser.
Pour nier la souffrance, il faut nier la vie en soi. La psychanalyse nous fait prendre le risque de souffrir. Elle réveille la vie en nous. Elle réveille le corps.
On intègre mieux sa vie, son corps, son passé, son histoire. On devient capable de souffrir et de ne pas s'installer dans la souffrance. On devient plus humain, plus vivant. C'est effectivement un des buts de l'analyse : nous permettre de vivre notre vie, d'exister dans notre corps tout autant que dans notre histoire. En permettant d'affronter puis de surmonter l'angoisse, l'analyse donne à chacun les moyens de vivre avec les spécificités et les difficultés de sa propre existence. Angoisses comprises.