Il lui avait écrit. Quelques lignes jetées au hasard d'une connexion aléatoire.
Quelques mots de là bas. Elle n'en demandait pas davantage. Juste un signe.
Allongée dans son lit, son livre à la main, elle rêvait. S'égarait. Partait. Au lieu de se plonger dans ce roman. Pourtant, il était bien ce livre. Mais elle n'y arrivait pas.
Indochine qui remplissait la chambre de musique, de paroles… Mal choisie cette musique. Il fallait qu'elle change le disque, mais elle n'avait pas le courage…
Dehors, le ciel était gris. Il pleuvait. La forêt sentait la terre mouillée. Les feuilles laissaient passer quelques gouttes égarées. Le vent soufflait. Les vestiges de la tempête qui s'était abattue sur les côtes bretonnes. Elle aimait ce temps. Même si pour un 15 août…
Marcher dans la forêt, les yeux rivés au sol. Un sac plastique à la main. À la recherche de ces petites taches jaunes… . Ramasser des champignons. Il est 8h du matin.
Ils rentreront avec plus de 600 grammes de champignons.
Un pied après l'autre. Tout doucement. D'abord la pointe des pieds. Puis le talon. Les épaules qui se relâchent. Le dos. Les jambes qui deviennent plus légères. Enfin libérées d'un poids invisible, chape de plomb, ancrée dans le sol. Puis tout à coup, elle respire. Emplit ses poumons. Respirer. Lentement. Profiter de chaque bouffée d'air. Chargée de cette odeur si particulière. Et c'est son corps tout entier qui se libère. Les chaînes pulvérisées. Elle a envie de courir. De sauter. De rire. De pleurer peut être aussi.
Dans sa tête, une musique…
Tout le reste disparaît. Marcher. Sentir les branches mortes craquer sous ses pas. Écouter le silence. Il n'y a rien d'autre. Juste cet instant. Juste l'oubli. Elle est ailleurs…
Puis il faut rentrer. Retrouver la vie. La réalité. Le monde.
Elle serait bien restée un peu plus là bas. Ailleurs.
Demain, elle y retournerait. Toute seule. Avec sa musique. Et peut être son chien. Aux aurores. Se lever. Quand tout dort encore. Dans le silence d'un matin d'été qui ressemble plus à un matin d'automne. S'habiller en silence. Mettre ses baskets. Le reste, ses pieds choisiront pour elle. Ces sentiers, ils les connaissaient par coeur. Même pas besoin de penser ou de réfléchir. Courir. Respirer. Oublier tout le reste. Le chemin s'imprimera tout seul. Au gré de ses envies et de ses pensées… une image fugitive… un son… une odeur… un moment… ils la guideront dans les bois…
Demain…
Son livre lui tomba des mains…
Elle secoua la tête et se replongea dans son roman…