Je me pose la question de savoir si le Congo s'achemine réellement vers un Etat démocratie ou assiste-t-on à l'installation d'une autre forme de régime , s'est-il interrogé
Bemba répond à Kabila :
Nous n'avons pas pris les armes hier de gaieté de coeur. Le Congo a aujourd'hui besoin de paix et non de guerre
J.P. Bemba lors de sa prestation sur la RTBF
Dans une interview accordée à la télévision publique belge francophone (RTBF), depuis le Portugal, Jean-Pierre Bemba réaffirme son vif désir de rentrer à Kinshasa, moyennant toutefois des garanties de sécurité tant pour lui-même que pour l'ensemble des membres de l'opposition. Il tire par ailleurs la sonnette d'alarme sur la dérive dictatoriale en RD Congo.
Modéré. Posé. Combatif. Ces épithètes semblent résumer l'image que l'ancien vice-président et sénateur élu Jean-Pierre Bemba Gombo a donné tout au long de l'entretien qu'il a eu avec le journaliste Philippe Lamair de la RTBF. Le document a été diffusé au cours du journal télévisé de vendredi 29 juin. Le leader du MLC a pris du poids. Au sens propre. Parti de Kinshasa le 11 avril dernier à destination de Lisbonne avec femme et enfants, Jean-Pierre avait pris l'étrange engagement auprès de son adversaire politique Joseph Kabila - sous la facilitation de la communauté internationale - de ne faire aucune déclaration politique durant son exil médical au Portugal. Durant deux mois et une vingtaine de jours, le chef de l'opposition congolaise s'est astreint à une sorte de mort politique . Comment ne pas le dire ainsi quand on sait que les gouvernants sont jugés sur base de leur action. Les opposants, eux, sont évalués à travers leur discours. La sortie médiatique de Bemba était à la fois souhaitée et attendue. Pour cause, dans une interview accordée à l'hebdomadaire Jeune Afrique n°2424, daté du 24-30 juin 2007, Joseph Kabila a dit haut et clair sa volonté de traduire en justice son ex-challenger auquel il impute des faits gravissimes. A savoir d'avoir voulu non seulement faire un coup d'Etat mais aussi d'attenter à sa vie. En tant que chef de l'Etat, je n'en fais pas une affaire personnelle. Mais il faut que la justice passe , a déclaré Joseph .
Etat démocratique ou dictature ?
Bemba y voit une volonté, pour le pouvoir, de museler toute forme d'opposition. Il relève au passage l'insécurité dans laquelle évoluent les membres de l'opposition. Je me pose la question de savoir si le Congo s'achemine réellement vers un Etat démocratie ou assiste-t-on à l'installation d'une autre forme de régime , s'est-il interrogé. Vous voulez dire, une dictature ? , relance le journaliste. Si ce n'est pas une démocratie, ça ne peut être qu'une dictature , réagit-il. Lamair de revenir à la charge. Y a-t-il des prémisses qui lui font craindre que... Il y a d'abord l'absence de la liberté d'opinion, d'expression et d'aller et de venir. Il y a ensuite l'insécurité dans laquelle évolue l'ensemble des membres de l'opposition. Je me pose des questions . Quand compte-t-il rentrer à Kinshasa ? J'aimerais rentrer le plus tôt possible. A la condition que l'opposition jouisse des garanties de fonctionner dans un espace politique. Si ces garanties sont réalisées, il ne se posera aucun problème pour mon retour . Va-t-il reprendre les armes au cas où il lui serait impossible, dans les jours à venir, de jouer son rôle d'opposant dans un système démocratique ? Nous n'avons pas pris les armes de gaieté de coeur. Le recours aux armes a été l'ultime solution. Après les efforts consentis par les Congolais et la communauté internationale, il me paraît impensable de relancer une lutte armée. Je crois que le pays a aujourd'hui besoin de paix et non de guerre .
La démocratie
Considère-t-il Joseph Kabila comme un ennemi, un adversaire politique ou un partenaire pour redresser le pays ? J'ai travaillé avec le président Kabila, en tant que vice-président de la République, pendant trois ans.
Dans une démocratie, il est le chef de l'Etat et nous appartenons à l'opposition. Le pays ne peut pas fonctionner avec l'un sans l'autre. Dans un système démocratique, je souhaiterais simplement, en tant qu'adversaire politique, qu'on puisse, dans l'observation des règles du jeu, respecter les uns et les autres. Je crois que dans le respect mutuel, nous pourrons arriver à construire - non pas pour le bien de Jean-Pierre Bemba ou de Joseph Kabila - pour l e bien de la population congolaise. C'est le plus important . Il y a sept mois, il était inimaginable que le premier média public de la Belgique francophone accorde quelques minutes d'antenne en prime time à Jean-Pierre. On veut me diaboliser , avait déclaré celui-ci dans un entretien avec le quotidien bruxellois Le Soir daté 27 juin 2006. Sans vouloir tirer des conclusions hâtives, il apparaît que l'état de grâce dont jouissait Kabila au lendemain de sa prestation de serment est désormais finie tant au niveau de l'opinion congolaise que de la communauté internationale. Dans les milieux diplomatiques occidentaux à Kinshasa, Joseph passe désormais pour un dirigeant devenu fou après sa victoire . Arrogant et cassant, l'homme est devenu, dit-on, inaccessible au téléphone même pour ceux qui l'ont fait roi.
Missions régaliennes
Selon des sources, l'ambassadeur belge en RD Congo, le chrétien démocrate flamand Johan Swinnen, attendrait désespérément d'être reçu par le président élu . Le diplomate aurait introduit sa demande d'audience vers …mi-décembre 2006. Dans l'entretien avec Jeune Afrique , Kabila s'est montré particulièrement talentueux dans l'art de se tirer des balles dans les pieds en s'en prenant à la Banque mondiale, au Fonds monétaire international ainsi qu'à la Mission de l'ONU au Congo. S'agissant de la Mission onusienne, il a eu ces mots : La Monuc joue un rôle essentiel. Mais elle doit être beaucoup plus efficace. Quand on voit ce qui se passe à l'Est du pays, où sont concentrées 80% de ses forces, on se pose mille et une questions. Si la Monuc ne devient pas plus active, si elle n'obtient pas de meilleurs résultats sur le terrain, si le Conseil de sécurité ne lui donne pas des instructions en ce sens, sa présence même n'aura plus peu à peu sa raison d'être. Déjà , les populations de l'Est se demandent parfois à quoi elle sert . Dans une déclaration à la presse, mercredi 27 juin, le porte-parole de la Monuc, Kémal Saïki, a réagi énergiquement en rappelant que la protection des populations civiles était de la responsabilité première du gouvernement congolais . Ajoutant que les casques bleus étaient prêts à assister l'armée, mais que les autorités congolaises devaient remplir leur devoir de protection vis-Ã -vis de la population . L'initiative de la RTBF serait-elle un épiphénomène ou marque-t-elle le début d'une prise de conscience, par la "communauté internationale" , du danger que court la RD Congo de sombrer dans une dictature kabiliste après des années de dictature mobutiste ?
B. Amba Wetshi
 Nous n'avons pas pris les armes hier de gaieté de coeur. Le Congo a aujourd'hui besoin de paix et non de guerre
Dans une interview accordée à la télévision publique belge francophone (RTBF), depuis le Portugal, Jean-Pierre Bemba réaffirme son vif désir de rentrer à Kinshasa, moyennant toutefois des garanties de sécurité tant pour lui-même que pour l'ensemble des membres de l'opposition. Il tire par ailleurs la sonnette d'alarme sur la dérive dictatoriale en RD Congo.
Modéré. Posé. Combatif. Ces épithètes semblent résumer l'image que l'ancien vice-président et sénateur élu Jean-Pierre Bemba Gombo a donné tout au long de l'entretien qu'il a eu avec le journaliste Philippe Lamair de la RTBF. Le document a été diffusé au cours du journal télévisé de vendredi 29 juin. Le leader du MLC a pris du poids. Au sens propre. Parti de Kinshasa le 11 avril dernier à destination de Lisbonne avec femme et enfants, Jean-Pierre avait pris l'étrange engagement auprès de son adversaire politique Joseph Kabila - sous la facilitation de la communauté internationale - de ne faire aucune déclaration politique durant son exil médical au Portugal. Durant deux mois et une vingtaine de jours, le chef de l'opposition congolaise s'est astreint à une sorte de mort politique . Comment ne pas le dire ainsi quand on sait que les gouvernants sont jugés sur base de leur action. Les opposants, eux, sont évalués à travers leur discours. La sortie médiatique de Bemba était à la fois souhaitée et attendue. Pour cause, dans une interview accordée à l'hebdomadaire Jeune Afrique n°2424, daté du 24-30 juin 2007, Joseph Kabila a dit haut et clair sa volonté de traduire en justice son ex-challenger auquel il impute des faits gravissimes. A savoir d'avoir voulu non seulement faire un coup d'Etat mais aussi d'attenter à sa vie. En tant que chef de l'Etat, je n'en fais pas une affaire personnelle. Mais il faut que la justice passe , a déclaré Joseph .
Etat démocratique ou dictature ?
Bemba y voit une volonté, pour le pouvoir, de museler toute forme d'opposition. Il relève au passage l'insécurité dans laquelle évoluent les membres de l'opposition. Je me pose la question de savoir si le Congo s'achemine réellement vers un Etat démocratie ou assiste-t-on à l'installation d'une autre forme de régime , s'est-il interrogé. Vous voulez dire, une dictature ? , relance le journaliste. Si ce n'est pas une démocratie, ça ne peut être qu'une dictature , réagit-il. Lamair de revenir à la charge. Y a-t-il des prémisses qui lui font craindre que... Il y a d'abord l'absence de la liberté d'opinion, d'expression et d'aller et de venir. Il y a ensuite l'insécurité dans laquelle évolue l'ensemble des membres de l'opposition. Je me pose des questions . Quand compte-t-il rentrer à Kinshasa ? J'aimerais rentrer le plus tôt possible. A la condition que l'opposition jouisse des garanties de fonctionner dans un espace politique. Si ces garanties sont réalisées, il ne se posera aucun problème pour mon retour . Va-t-il reprendre les armes au cas où il lui serait impossible, dans les jours à venir, de jouer son rôle d'opposant dans un système démocratique ? Nous n'avons pas pris les armes de gaieté de coeur. Le recours aux armes a été l'ultime solution. Après les efforts consentis par les Congolais et la communauté internationale, il me paraît impensable de relancer une lutte armée. Je crois que le pays a aujourd'hui besoin de paix et non de guerre .
La démocratie
Considère-t-il Joseph Kabila comme un ennemi, un adversaire politique ou un partenaire pour redresser le pays ? J'ai travaillé avec le président Kabila, en tant que vice-président de la République, pendant trois ans.
Dans une démocratie, il est le chef de l'Etat et nous appartenons à l'opposition. Le pays ne peut pas fonctionner avec l'un sans l'autre. Dans un système démocratique, je souhaiterais simplement, en tant qu'adversaire politique, qu'on puisse, dans l'observation des règles du jeu, respecter les uns et les autres. Je crois que dans le respect mutuel, nous pourrons arriver à construire - non pas pour le bien de Jean-Pierre Bemba ou de Joseph Kabila - pour l e bien de la population congolaise. C'est le plus important . Il y a sept mois, il était inimaginable que le premier média public de la Belgique francophone accorde quelques minutes d'antenne en prime time à Jean-Pierre. On veut me diaboliser , avait déclaré celui-ci dans un entretien avec le quotidien bruxellois Le Soir daté 27 juin 2006. Sans vouloir tirer des conclusions hâtives, il apparaît que l'état de grâce dont jouissait Kabila au lendemain de sa prestation de serment est désormais finie tant au niveau de l'opinion congolaise que de la communauté internationale. Dans les milieux diplomatiques occidentaux à Kinshasa, Joseph passe désormais pour un dirigeant devenu fou après sa victoire . Arrogant et cassant, l'homme est devenu, dit-on, inaccessible au téléphone même pour ceux qui l'ont fait roi.
Missions régaliennes
Selon des sources, l'ambassadeur belge en RD Congo, le chrétien démocrate flamand Johan Swinnen, attendrait désespérément d'être reçu par le président élu . Le diplomate aurait introduit sa demande d'audience vers …mi-décembre 2006. Dans l'entretien avec Jeune Afrique , Kabila s'est montré particulièrement talentueux dans l'art de se tirer des balles dans les pieds en s'en prenant à la Banque mondiale, au Fonds monétaire international ainsi qu'à la Mission de l'ONU au Congo. S'agissant de la Mission onusienne, il a eu ces mots : La Monuc joue un rôle essentiel. Mais elle doit être beaucoup plus efficace. Quand on voit ce qui se passe à l'Est du pays, où sont concentrées 80% de ses forces, on se pose mille et une questions. Si la Monuc ne devient pas plus active, si elle n'obtient pas de meilleurs résultats sur le terrain, si le Conseil de sécurité ne lui donne pas des instructions en ce sens, sa présence même n'aura plus peu à peu sa raison d'être. Déjà , les populations de l'Est se demandent parfois à quoi elle sert . Dans une déclaration à la presse, mercredi 27 juin, le porte-parole de la Monuc, Kémal Saïki, a réagi énergiquement en rappelant que la protection des populations civiles était de la responsabilité première du gouvernement congolais . Ajoutant que les casques bleus étaient prêts à assister l'armée, mais que les autorités congolaises devaient remplir leur devoir de protection vis-Ã -vis de la population . L'initiative de la RTBF serait-elle un épiphénomène ou marque-t-elle le début d'une prise de conscience, par la "communauté internationale" , du danger que court la RD Congo de sombrer dans une dictature kabiliste après des années de dictature mobutiste ?
B. Amba Wetshi