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Jean-Pierre Bemba condamné par défaut (Le Révélateur
C'est encore une interview de Joseph Kabila accordé mi-juin à l'hebdo Jeune-Afrique qui défraie la chronique. Kabila y est formel. Jean-Pierre Bemba à Kinshasa, la justice s'empare de lui, et connaissant la position de la justice de la RDC sur le sujet, la porte de la prison lui est largement ouverte. C'est du moins le sens de sa pensée où il accuse son challenger à la dernière présidentielle d'avoir attenté à sa vie et qu'il devrait répondre de cela devant la justice. ??Bemba voulait m?éliminer physiquement. Il disait à tout le monde : ?Aujourd'hui, on va le tuer?. Ce dernier [Bemba, ndlr] devra être poursuivi en justice, non seulement, parce qu'il a déstabilisé les institutions du pays mais encore, il a voulu attenter à ma vie.??, a-t-il répondu à François Soudan, qui a recueilli ses propos. Cette crainte a été émise en son temps par Jean-Pierre Bemba lui-même dans une correspondance adressée au Sénat où il siège. Après son séjour médical de 60 jours au Portugal, l'ex Vice-président a obtenu du Sénat sa prolongation jusqu'en juillet prochain, le temps d'un arrangement politique souhaité par divers milieux politiques congolais et étrangers. Une lueur d'espoir avait pointé à l'horizon avec l'autorisation de son évacuation sanitaire accordée par la Chambre Haute auprès de laquelle le Procureur Général de la République a déposé une demande de levée de son immunité de sénateur. Et aujourd'hui, avec la position du chef de l'Etat, ponctuée de graves accusations d'atteinte à sa vie et à la stabilité des institutions de l'Etat, tous ces espoirs se sont envolés. Une position jugée dangereuse pour la paix sociale ??Si M. Bemba est parti, c'est que le terrain sur lequel il a voulu jouer le troisième tour des élections - et sur lequel il a perdu - n'avait rien de politique??, a affirmé le président de la République. Ce qui traduit clairement son refus de voir son challenger revenir au pays, ou du moins ce que ça traduit. Plusieurs acteurs de la scène politique de la RDC émettent cependant des avis contraires. C'est le cas du Conseiller principal et Représentant spécial adjoint du Secrétaire général de l'ONU, l'Ethiopien Haïlé Menkerios qui vient de quitter son poste le lundi 25 juin, après plusieurs années en RDC. Pour ce diplomate, le retour de Bemba dans son pays ne représentait pas une menace pour la sécurité du pays. ??Nous ne pensons pas que le retour de Monsieur Bemba puisse créer une autre menace à la sécurité. C'est une situation totalement différente maintenant. Je pense que ce genre de confrontation n'aura plus lieu, parce que les moyens n'existent plus. Le cas échéant, s'il y a perturbation, ça ne serait pas compliqué et les forces de sécurité du pays peuvent contrôler la situation, et nous serions prêts à les assister??, a-t-il déclaré dans un entretien accordé aux confrères du service de presse de la MONUC. La justice à deux vitesses D'autre part, les observateurs jugent la justice de notre pays à deux vitesses dans cette affaire où des témoignages concordants affirment que Bemba a été victime d'attaques à l'arme lourde à son domicile, lors des évènements sanglants d'août 2006, alors qu'il recevait des diplomates du Comité international d'accompagnement de la Transition (CIAT). A notre connaissance, aucune plainte n'avait été introduite par le sénateur Jean-Pierre Bemba pour violation de domicile ou atteinte à sa vie, surtout que ses hôtes auraient pu témoigner en prouvant qu'ils étaient avec lui. Bemba n'a pas saisi cette occasion pour charger son adversaire politique. Bemba a également subi plusieurs autres injustices, notamment les attaques contre les organes de presse qui lui sont proches, la destruction de son hélicoptère, les exactions contre ses partisans. Il est même allé jusqu'à accepter le verdict des urnes, quand bien même il se proclamait vainqueur des consultations électorales, dans le but d'asseoir la paix en vue d'amorcer la reconstruction du pays. Mais l'injustice, c'est également le traitement réservé à tous les autres vice-présidents, notamment au RDC-Goma Azarias Ruberwa, encore à ce jour sous la protection de ses gardes dont le nombre n'a pas été réduit, lesquels doivent être remplacés par 12 policiers, comme exigé par l'ex chef d'Etat-Major général des FARDC, le même qui déclencha l'opération de désarmement de la garde de Bemba. Pire encore, c'est le cas du général déchu Nkundabatware, dit Mihigo, poursuivi par un mandat d'arrêt international pour crimes contre l'humanité, avec qui le Gouvernement s'est mis autour d'une même table de?négociation, jusqu'à se faire imposer le ??mixage?? de ses fidèles recrutés par milliers au Rwanda avec l'armée loyaliste, processus dont les résultats s'avèrent aujourd'hui plus catastrophiques que jamais. Combien peut-on compter à ce jour le nombre de Congolais ayant trouvé la mort par la faute de cet homme ? Pire encore, les rebelles hutus rwandais, les FDLR, les Rastas, etc., continuent à user de leurs machettes pour trancher des gorges aux centaines d'autres Congolais comme de moutons sans aucunement être inquiétés, au moment où l'on accuse le pouvoir en place de ne pas planter suffisamment des garde-fous autour d'eux et de les avoir lâchés dans la nature au lieu de les cantonner à Kamina. Condamnation par défaut Depuis la fin des affrontements des 22 et 23 mars jusqu'à la demande, le 11 avril, de la levée de l'immunité de Bemba par le Procureur Général de la République, aucune enquête indépendante n'avait été menée. Jamais il n'a été établi de façon judiciaire et scientifique les responsabilités sur le déclenchement de ces hostilités aux conséquences graves, notamment la perte en vies humaines d'environ 600 Congolais, les pillages, les violations des résidences diplomatiques, etc. La justice aurait également dû procéder par des enquêtes pour confirmer lesquels des éléments de la garde rapprochée de Bemba ou de la garde présidentielle avaient tiré le premier. On devrait aussi rétablir toute la vérité autour du ??refus?? de Bemba de renvoyer sa garde au profit d'un commandement unique. Il faut enfin indiquer que l'ensemble des éléments qui se sont affrontés appartiennent aux FARDC, même si le président de la République parle de ??six cents rebelles en face de nous??. C'est ce qui pousse les experts à dire que la résolution de cette affaire devrait se faire dans un cadre purement politique. Trop de passions dans l'affaire Certains politologues sont tétanisés à l'idée que le processus politique n'ait pas extirpé la haine, bien au contraire il l'aurait entretenue. Nombre d'experts jugent cette affaire empreinte de tant de passions qu'elle risque d'emporter les uns et les autres. Parce que, disent-ils, l'exclusion entraîne des comportements suicidaires. Si la réconciliation nationale, leitmotiv de tant de négociations (Lusaka, Gaberone, Sun City, etc.), accouche d'une souris, il sera difficile d'amorcer ensemble la reconstruction, pas même le développement, de notre pays, ce qui est une entreprise qui a besoin de tous les bras. Ainsi, pour d'autres, Kabila a tout intérêt à laisser Bemba rentrer dans son pays. Peut-être, disent-ils, ce sera l'occasion de le responsabiliser encore plus. D'autres craignent que Bemba, se sentant exclu injustement, pourrait accepter des fréquentations dangereuses. Seulement, s'il est aujourd'hui perçu que c'est complètement perdu pour Bemba, une certaine opinion affirme que Joseph Kabila userait de sa position du président de tous les Congolais, ce que Jean-Pierre Bemba avait reconnu, pour tourner la page. En effet, affirment les experts, Kabila n'ignore pas que Bemba est toujours sénateur et que près de 43 % des Congolais ont exprimé leur soutien à Bemba, et que rien ne prouve que Kabila maintient son capital confiance dans le Kivu depuis que la souffrance de cette partie du pays s'est transformée en condamnation. Il y a enfin la dernière Loi portant statut de l'opposition. Si elle est appliquée comme le voudrait le législateur, Jean-Pierre Bemba pourra être désigné Coordonnateur de l'Opposition. Il faudra lui laisser la latitude de jouer pleinement son rôle afin d'apporter une opposition constructive pour le développement du pays. Le Révélateur
Source : hautetfort.com
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