La police congolaise a arrêté, jeudi 14 juin, 15 personnes dont deux militaires soupçonnés d'être directement impliqués dans le meurtre la veille du journaliste Serge Maheshe de radio Okapi à Bukavu.
Ces arrestations ont toutes été effectuées dans le quartier d?Ibanda, près du centre-ville de la capitale du Sud-Kivu, où Serge Maheshe, 31 ans, a été abattu mercredi soir par deux inconnus, a indiqué à l'AFP un officier de la police provinciale du Sud-Kivu. Selon des déclarations à la radio Okapi de l'inspecteur général de la police provinciale, le général Gaston Luzembo, figurent parmi les personnes arrêtées deux militaires soupçonnés d'être les meurtriers, interpellés dans la matinée à 40 mètres des lieux du crime et en possession d'armes qui "dégageait encore une odeur" de poudre. A Bukavu comme à Kinshasa, la nouvelle de la mort de Serge Maheshe, qui dirigeait la rédaction de la station de Bukavu de Radio Okapi, a semé la consternation parmi les professionnels des médias, au sein du gouvernement congolais et des chancelleries, qui ont tous dénoncé un "assassinat" dont les mobiles restent pour le moment un mystère. Selon des témoignages recueillis par l'AFP, le journaliste a été abattu alors qu'il se trouvait avec deux amis dans la rue et s'apprêtait à remonter dans son véhicule de service, marqué du sigle des Nations unies. Deux inconnus en civil, armés de kalachnikov, se sont alors approchés des trois jeunes gens et les ont forcés à s'agenouiller devant le véhicule. L'un des agresseurs a tiré deux balles dans les jambes de Serge Maheshe, avant de l'achever de trois balles dans la poitrine. Les deux assaillants n'ont rien volé, rien demandé et n'ont pas tenté de tirer sur les deux amis du journaliste. Toute la journée de jeudi, les messages de condoléances et de solidarité ont afflué dans les rédactions de Radio Okapi, qui a ouvert tous ses journaux par cette signature: "+Bukavu, Serge Maheshe, Radio Okapi+: cette voix, vous ne l'entendrez plus sur nos antennes, c'est celle de notre confrère Serge Maheshe, abattu par des inconnus armés à Bukavu". Journaliste unanimement reconnu pour son intégrité et son talent, marié et père de deux enfants, Serge Maheshe travaillait pour Okapi pratiquement depuis son lancement en 2002, alors que la RDC était encore plongée dans une guerre régionale (1998-2003). A Bukavu, des dizaines de proches et de collègues se sont rendus à son domicile pour lui rendre un dernier hommage, avant l'enterrement prévu vendredi après-midi. Syndicats de la presse, ONG nationales et internationales ont exigé l'ouverture d'une enquête "indépendante" et des "garanties de sécurité" pour les journalistes en RDC. "Cet assassinat (est) le quatrième qui frappe des professionnels des médias (3 journalistes et un technicien) en RDCongo en moins de deux années", a rappelé l'ONG locale Journaliste en danger (JED), estimant que le "modus operandi de ce crime" montre "que les tueurs non seulement connaissaient la victime mais aussi qu'ils étaient venus pour le tuer". Selon ses collègues, il avait reçu, à plusieurs reprises, des menaces dans le cadre de son travail, émanant aussi bien de militaires congolais que de groupes rebelles. La Mission de l'ONU en RDC (Monuc) et la Fondation Hirondelle, une ONG suisse, qui ont créé ensemble la radio Okapi, ont fait part de leur consternation, indiquant que la disparition de Serge Maheshe "nous rappelle que l'engagement pour la paix demeure un défi quotidien" en RDC. Les ambassadeurs de l'Union européenne à Kinshasa ont pour leur part exprimé leur "vive émotion", tandis que depuis Bruxelles, le ministre belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht, a exprimé son "horreur", dénonçant ce qui semble être "une action ciblée contre le journaliste". De son côté, Radio Okapi restait très prudente, indiquant ignorer si ce crime était lié ou non à la profession de Serge Maheshe.
(D'après AFP