C'est comme si ma mémoire esquissait ton sourire. Car tu sourirais, n'est-ce-pas ? A la réflexion, je suppose que non. Tu te contenterais d'incliner la tête, restant silencieuse pour m'obliger à répondre. N'empêche, il me semble que la situation pourrait bien t'arracher un sourire malgré tout.
Ce cher Iskander est à deux doigts de m'accuser de rationaliser mon rapport au corps et au monde (cf ses derniers commentaires). Ce cher Iskander a raison, bien sûr ; il pourrait même aller plus loin, voir dans mes réponses un désir d'intellectualiser à outrance ce qui n'est que sensation. Déjà fatiguée à la simple perspective d'un débat sur ce terrain, puis-je tenter une pirouette digne de la piètre dialecticienne que je suis ? Il me semble que pour savoir que je ressens, tant physiquement qu'affectivement, ma seule ressource est de mettre en mots les sensations. Je n'irai pas juqu'à écrire ici que le langage préexiste à toute pensée, car toi comme Iskander auriez beau jeu de me rétorquer que j'égare volontairement la discussion. Mais ceci est mon blog. Et si j'ai choisi d'y noter mes impressions ou mes certitudes, c'est aussi en partie parce que je savais que tu ne me recentrerais pas sur des questions que je préfère éviter. Nous en avons parlé si souvent déjà ... Cher Iskander, oui, vous avez raison, il est abusif de réduire la vie à des mots. Vous avez raison (comme toi tu avais raison autrefois), d'y voir un refus, ou la peur de perdre le contrôle si je vous ai bien lu. Mais en même temps, vous avez (tu avais) fondamentalement tort, pardonnez-moi de vous le dire. Si ma façon de concevoir la vie passe par les mots, alors il me semble inévitable que ceux-ci deviennent à mes yeux essentiels. Qu'il s'agisse d'une erreur ou non d'user du langage comme recours ultime n'est pas le débat : il en est ainsi, voilà tout. Ce qui est en débat, c'est la manière dont j'organise le monde, car c'est elle qui me dirige.
Alors certes, et cette fois-ci c'est à toi que je le dis, je suis autant esclave de cette conception des choses que libérée par elle en bien des circonstances. Mais si j'avais une seule vérité intérieure, ce serait bien celle-là . Et ce que je rate en m'arcqueboutant sur mon unique croyance ne m'a jamais paru assez important pour que j'envisage de modifier mon attitude (en admettant que je rate effectivement quelque chose, hypothèse que je ne suis certes pas prête à considérer avec sérieux). Certaines choses, je crois, nous fondent dès les premiers temps, et sont destinées à nous régir jusqu'au terme de nos vies. Il est vain de vouloir changer.
P.S. : cher Iskander, encore un mot : Plein soleil est adapté du livre inaugural de la série des Ripley, à savoir Mr Ripley (ou, titre original, me semble-t-il : Le talentueux Mr Ripley). Et oui, j'ai aimé ce film, même si à bien des égards il trahit la Patricia Highsmith que j'apprécie. L'art du suspense est un des mes livres de chevet. Ah, et au fait, j'adore votre interprétation du patronyme de ce cynique écrivain. Pour finir, mon cher Iskander, un commentaire plus personnel : vous êtes une véritable bible de citations ! Et vous visez souvent juste...