La mythologie campanaire est riche (cf "La cloche des perdus" de notre envoyée en Aubrac) et les croyances populaires attribuent aux cloches des pouvoirs bons ou mauvais, ainsi que des réactions émotives très humaines (même patriotiques). Ainsi, à Corneville, tout est parti d'une légende qui varie selon les conteurs mais qui date d'une réalité historique: la prise de Pont-Audemer en novembre 1357 par les Anglais. Pour les uns, les barques des pillards, lourdement chargées du butin provenant de l'abbaye de Corneville, se retournèrent et le carillon tomba dans la Risle où il resta. Pour d'autres, avant l'arrivée des envahisseurs, les moines décidèrent de mettre en lieu sûr les objets du culte et les cloches. On décrocha le carillon qui "lançait dans l'obscurité des sonsplaintifs comme âme en peine". Le trésor fut jeté en un endroit mystérieux par les bateliers de la Risle. Et miracle, chaque fois que les Français battaient les Anglais, les cloches tintaient joyeusement du fond de la rivière tandis que, lorsque les Anglais gagnaient, des sons tristes s'élevaient. A l'annonce des succès de Jeanne d'Arc, elles sonnèrentgaiement; elles pleurèrent lorsque l'héroïne fut brûlée à Rouen. En septembre 1449, les Anglais sont vaincus et quittent la région: le carillon est en liesse. Autre miracle, la Risle s'assèche,les cloches apparaissent et sont remontées dans le clocher !
Le compositeur Robert Planquette (1) s'inspire très librement de cette légende dans son "opéra comique en 3 actes et 4 tableaux", Les Cloches de Corneville (paroles de MM. Clairville et Ch. Gabat). L'opérette, créée à Paris en 1877, est jouée, sans grand succès, à Corneville, en 1878. Au fil des années, le triomphe en France et à l'étranger arrive.
Le carillon actuel de 12 cloches doit son existence au marquis de la Rochethulon qui, désirant célébrer l'EntenteCordiale, lança une souscription internationale. Les cloches fondues portent le nom des donateurs: Angleterre, Amérique, Suède, Danemark, Norvège, Algérie, Canada (très généreux), Russie, Crète, Auvergne, Savoie, Sainte-Germaine. Après diverses péripéties, "le carillon des Ententes Cordiales" est installé, en 1907, à l'hostellerie où l'on peut le voir et l'écouter ... si l'on a pris rendez-vous (2).
Avant de les quitter, chantons tous en choeur:
doMINUIT
(1) M. Planquette (1848-1903) est aussi l'auteur de la célèbre marche militaire, Sambre et Meuse (1879), chant patriotique appelant à la revanche...
(2) tél. 02 32 56 57 21
PS Aucune nouvelle de notre envoyée très spéciale en Aubrac. Pourtant aucune ourse slovène n'a été signalée dans cette région et la bête du Gévaudan est singulièrement édentée. A-t-elle été déboussolée par la "cloche des perdus" qui aurait été maléfique? Au lieu d'un PTA - je me demande encore ce que c'est-, nous aurions dû l'équiper d'un "GPS pour cloches". Comme le "GPS pour chiens" est au point, elle pourra me l'offrir ! Ha! ha! que c'est drôle!