Ils découvraient la vie arboricole, l'oiseau tisserand appelé aussi bélier, au nid aérien habilement tressé qui se balançait, défiant les vents, à la cime des filaos et des bambous, et ils grimpaient, eux aussi, le long des troncs, même les plus élevés, avec une agilité de singe, au grand désespoir de Marie Perrin, leur mère qui leur criait :
-Descendez, vous allez tomber.
Mais ils se contentaient de déchirer pantalons légers, shorts et chemises de coton.
Le gentil Toby, elle l'avait recueilli et il recherchait en elle la tendresse dont il avait certainement été frustré. Un peu domestique, un peu compagnon de jeu, il aidait très efficacement et il savait à l'occasion, être espiègle, comme tous les enfants de son âge.
Dès que les trois enfants se retrouvaient, ils baragouinaient tour à tour en français et malgache et les bévues étranges dont ils étaient conscients provoquaient des éclats de rire, des cris et des sauts de joie. Ils parvenaient tout de même à se comprendre.
La rivière Saint Denis détache nettement le vieux massif de la Montagne de la Planèze du Brûlé. Quittant les zones littorales chaudes et moites en été, l'homme a essaimé son habitat le long des versants vers un air plus frais. Toute l'année, les jardins sont fleuris. Le climat s'y prête et les habitants ont l'amour des fleurs. Sur le bord de la route, il est fréquent de rencontrer des groupes d'enfants vendant les uns des goyaves, les autres des fleurs ou de petits paniers tressés. C'est devenu pour eux une sorte de jeu sérieux que de pouvoir gagner quelques pièces avant la fin de la journée?
En l'année 1945, les enfants de Marie Perrin venaient d'atteindre l'un 13 ans, l'autre 15 ans. Leur corps se musclait. Pierre l'aîné se montrait dans toute sa vigueur tranquille et déjà presque adulte, Barthélemy, à la figure brune et tannée gardait encore dans le regard la fraîcheur et la franchise de l'enfance. Eux aussi, accompagnés de Toby, âgé alors de 18 ans, se levaient tôt et se dirigeaient vers le port de Saint Denis en quête d'un maigre salaire.
Sur les côtes, les tiges vertes des cannes à sucre, bercées par le vent, ondulaient tandis que les filaos chevelus et les cocotiers poussaient d'immenses soupirs continus qui laissaient présager les souffles lents de la mer sur la berge. Plus près des rivages, les hibiscus, les bougainvilliers, les flamboyants ponctuaient les paysages de leurs fleurs multicolores.
Leur travail consistait à ramener vers La Possession les voyageurs et la gent commerçante qui écoulait légumes et fruits, cultivés sur les pentes de Ste Thérèse. Le sol morcelé entre de nombreux petits propriétaires se prêtait à toutes les cultures. La fa taque malgache et le foin du pays y croissaient naturellement. Le Dos d'âne fournissait les produits maraîchers renommés, notamment des artichauts et des fèves. Certains vendeurs ne désiraient pas s'attarder trop longtemps à Saint Denis, ils ne souhaitaient pas attendre le service régulier du bateau : La Cornélie qui effectuait le trajet depuis 1929, ils s'adressaient alors aux enfants. Ceux-ci possédaient une barque à rames, ils avaient pris le relais de l'ancien service de chaloupes qui existait autrefois et offraient leurs services, ce qui éviterait aux personnes le long et périlleux cheminement dans la Montagne, le seul autre axe de pénétration, appelé aussi le chemin des anglais.
En effet, immédiatement à l'Ouest de St Denis, se dressent les contreforts de la Montagne. Les orchidées rouge sang y cèdent la place, en altitude, aux tamarins, aux palmistes rouges, aux banians? Ce vieux massif le plus ancien de l'île, domine St Denis et la mer par une falaise. Longtemps il a été une barrière aux communications entre le Nord et l'Ouest.
Contourner l'obstacle n'était pas facile. Mais ni la volonté, ni l'habileté, ni le courage ne manquaient aux trois jeunes garçons. C'était également pour eux un voyage instructif et féerique car si l'inexistence d'un plateau continental entraîne l'absence presque totale de faune sous marine près des côtes, au large, les fonds marins sont très beaux. Dans l'eau transparente évoluaient de splendides bonites à dos rayé noir et bleu qui se jetaient sur les sardines avec une voracité incroyable. Les bonites elles-mêmes étaient pourchassées par des squales ou de gros martins-requins qui battaient l'océan de leurs énormes queues et les happaient en claquant des mâchoires. Les vagues qu'ils faisaient soulevaient leur barque puis les laissaient tomber dans le vide. Il leur était fréquent d'admirer en même temps des poissons aux couleurs chatoyantes, notamment le très beau et multicolore poisson-papillon, les rouges-thors, les bi chiques, les perroquets, les carangues, les vivaneaux, ou encore des tortueS'en se rapprochant sous le vent, au pied du cap St Bernard, il leur arrivait d'apercevoir les magnifiques oursins comme l'oursin-crayon.
Puis ils se rapprochaient des falaises abruptes où nichaient les splendides oiseaux : paille-en-queue, bec rose, teck teck, quelques pétrels et une seule espèce de rapace, la papangue. Le grand nombre d'oiseaux sur l'île s'explique par les masses d'insectes dont ils se nourrissent. Comme de grands voiliers, pétrels noirs ou taille vents, puffins d'herminiers ou puffins noirs maquois parcouraient la haute mer en dehors des périodes de reproduction, venaient sur la côte pour y nicher.
A environ 12 à 14 kilomètres de St Denis le panorama de la côte Ouest sur un vaste triangle dont les trois villes de la Possession, de la Pointe des galets, de St Paul occupaient les trois points. Ce panorama du Littoral Nord est peu varié. La canne à sucre y régnait et offrait le spectacle de sa floraison. Plus de 600 espèces d'arbres et de fleurs en outre y poussaient généreusement
Cette île intertropicale n'a pas de forêts immenses de cocotiers, de lagons, de récifs frangeants, ou de plages interminables de sable fin, mais elle a une nature belle et encore sauvage grâce à la puissance de sa végétation et de sa flore. L'austérité s'accentue lorsqu'on s'élève vers les nombreux sommets. En effet, cette baie aux abords difficiles avec de grands rochers au dos semblable à celui des tortues marines couvertes d'algues, mais avec peu de coquillages, battue par les vagues écumantes qui déferlent sur le littoral est formé aussi par l'élargissement et les divagations de la rivière des galets qui y forme une véritable plaine de cailloux que la mer entrechoque avec un bruit caractéristique et que le courant marin pousse vers l'Ouest. Les sables, les graviers et les galets sont drainés jusqu'à la côte par les crues des torrents, les déjections des alluvions sont roulés par les vagues qui leur donne un poli agréable
La couronne étincelante de lumière du littoral sert de base à d'immenses triangles dont les sommets se perdent dans les altitudes boisées, brumeuses et froides, puis elles se rejoignent et se confondent autour du Massif Central.
Mais la végétation par rapport à la végétation Nord Est est frappante. Une vaste savane se développe. Les grandes herbes changent de coloris suivant les saisons : vaste étendue d'herbe en saison des pluies, la savane devient couleur paille en saison sèche et est alors souvent la proie des incendies . Le première ville que vous rencontrez est La Possession.
La Possession, une bourgade importante bâtie autour d'une usine sucrière et constituée par l ?amas de sable et de galets, doit son nom à la dernière prise de possession qui a été faite au 17ième siècle, au nom du roi de France Louis XIII. Pronis fit graver les armes du roi sur le tronc d'un arbre en 1642.
Cette région alors entièrement couverte de forêts devait rester pendant de nombreuses années possession du roy . On ne pouvait ni s'y installer, ni chasser. Mais très vite le territoire de sa Majesté allait devenir un pôle d'attraction très prisé. Centre important à cause du batelages qui transportait les voyageurs et les marchandises entre St Denis et toute la partie sous le vent.
Les chaloupes à rames rejoignaient l'embouchure de la Ravine des lataniers. La Possession était une halte salutaire pour les voyageurs qui débarquaient après des conditions souvent pénibles de traversée.
Halte appréciée par la qualité du café, des mangues et des jujubes sous le toit de chaume des cases Dodin . On y goûtait selon les saisons, des fruits pour la plupart descendus de la Montagne, et que des vendeurs vous proposaient dans de jolis paniers : goyaviers, ananas, papayes.
Ils poursuivaient ensuite leur trajet pour d'autres voyageurs qui rejoignaient la région de St Paul, riche en filaos et fougères arborescentes. Là la Plaine des Galets s'ouvrait largement sur la mer.
Un chemin devant la tour des roches , très pittoresque longe celui-ci, dans sa partie supérieure. On pénètre dans la ville de St Paul par la chaussée Royale bordée de filaos, de tamarins et de badamiers centenaires. St Paul, c?était la première agglomération de l'histoire de l'île mais elle perdait en ce milieu de 19ième siècle, depuis quelques années, son rôle de capitale administrative au profit de St Denis. A la sortie de St Paul, il est intéressant de consacrer quelque temps à la visite du cimetière en bord de mer où reposent les premiers habitants de l'île aux vieux noms oubliés et le célèbre pirate La Buse pendu haut et court sur le Barachois à St Denis. A St Paul naquirent en 1753Evariste Parny et Leconte de Lisle en 1818. Vers 1830 avec les plantations de café, St Paul devint la région la plus riche de l'île. Après le désastre du café, la région s'était mise avec ardeur à la canne à sucre et voyait le couronnement de ses efforts. Cette culture plus résistante supplantait caféiers, girofliers et cultures alimentaires.
Dans la région de St Paul, la présence d'une grande nappe d'eau, bassin au milieu d'une grande savane désertique, et celle de sables noirs sous forme de dunes changent les conditions écologiques :la ville subit les crues des ravines qui alimentent l'étang, la savane laisse la place à une végétation aquatique tout autour de l'étang et de ses nombreuses ramifications ou à des filaos dans la région des sables des dunes, St Paul, son étang envahi de plantes aquatiques sert de réserve à l'endormi, caméléon aux multiples couleurs et de refuge aux canards et aux habitations les plus misérables.
Côté terre, l'horizon est le plus souvent barré par de vieilles falaises dont certaines ont été battues jadis par les vagues. Il existe parfois des cratères très près du rivage. Le bassin de Bernica à St Paul est un ancien cratère et l'un des premiers. Une curieuse caverne y débouche formée par une cheminée latérale de l'ancien volcan. La grotte des premiers français, vaste anfractuosité dans laquelle se sont installés pendant longtemps les premiers habitants de l'île.
Côté terre, l'horizon est le plus souvent barré par de vieilles falaises dont certaines ont été battues jadis par les vagues. Il existe parfois des cratères très près du rivage. Le bassin de Bernica à St Paul est un ancien cratère et l'un des premiers. Une curieuse caverne y débouche formée par une cheminée latérale de l'ancien volcan. La grotte des premiers français, vaste anfractuosité dans laquelle se sont installés pendant longtemps les premiers habitants de l'île. C'est à st Paul en effet, qu'en 1654, les révoltés envoyés dans l'ile Bourbon et débarqués par Flacourt s'installèrent : 12mutins avec leur chef Antoine Couillard. Les premiers habitants s'étaient installés vers le haut des falaises qui domine la ville, à la ligne des pluies, nécessaires à leurs plantations. Ils mangeaient également le fameux dodo qui servit de repas à des générations de colons tant sa prise était facile. Ce gros oiseau de la taille d'une oie avait perdu la faculté de voler.
Au début, ces propriétaires de biens, qui allaient au bois-de- nèfles à St Gilles-les-hauts, fournissaient des vivres aux pirates qui arraisonnaient les bateaux en provenance des Indes et d'Amérique. Les forbans vivaient en bons termes avec les St Palois.
Au niveau de St Paul, la cote est inhospitalière. Au-delà de ce paysage commencent les plages de l'île, protégées, à partir du Cap Champagne par une barrière de récifs qui s'étend à une centaine de mètres du rivage. De ce coté, c'est le vacarme de la mer se ruant à l'assaut de la falaise, éclatant en gerbes d'écume rageuse. La cote ouest, zone sous le vent, est l'un des endroits les plus chauds de la colonie. A la pointe des galets, la température moyenne de l'eau est à peu près de 28° de Novembre à Mai et de 24° de Mai à Octobre et il ne tombe annuellement que 34 mm de pluie. C'est un des endroits les plus chauds de la colonie. Mer étincelante et rives bleues du Bernica, où chacun cueille d'un geste lent les beaux fruits de ses vergers. Ils ramassaient à volonté, mangues, goyaves, fruits rouges qui avaient un peu le goût de la fraise, se déshabillaient et allaient s'ébattre dans les vagues qui les entraînaient. Quand ils sortaient l'eau retombait en gouttelettes folles sur leur front et leur nuque. Ils jetaient des galets, puis ils s'allongeaient sur les sables noirs et brûlants où les rayons solaires resplendissaient plus chaudement. Parfois, ils s'endormaient sous l'éventail des cocotiers.
Au niveau de St Paul, la cote est inhospitalière. Au-delà de ce paysage commencent les plages de sable ombragées de cocotiers, protégées à partir du Cap Champagne par une barrière de récifs qui s'étend à une centaine de mètres du rivage. De ce coté, c'est le vacarme de la mer se ruant à l'assaut de la falaise en gerbes d'écume rageuse. C'est le coté Ouest, zone sous le vent, un des endroits les plus chauds de la colonie. A la pointe des galets, la température moyenne de l'eau est d?à peu près 28° de Novembre à Mai, de 24° de Mai à Octobre et il ne tombe annuellement que 34mm d'eau.
La mer étincelante met en relief le bleu des rives du Bernica. Chacun y cueille d'un geste qui semble lent aux continentaux, les beaux fruits des vergers.
Nos jeune gens s'en donnaient à coeur joie. Ils cueillaient à volonté : mangues, goyaves et fruits rouges qui avaient un peu le goût de la fraise, se déshabillaient, allaient s'ébattre dans les vagues qui les entraînaient. Quand ils sortaient...
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