Un de ces couples américains est arrivé un jour dans l'église. Manifestement, un accord, un deal avait été passé entre ce couple missionnaire et le pasteur, sans que l'Eglise en soit clairement informée, ni même le conseil. De temps en temps on les voyait venir à la tribune pour chanter, faire une petite animation et peu à peu ils prenaient de l'assurance. J'ai pensé à partir d'un certain temps que ce couple avait besoin de reconnaissance. C'est un sentiment normal, humain, surtout quand vous travaillez à plein temps pour le Seigneur, c'est-à-dire un ou deux dimanches par mois de dix heures à midi. Je m'imaginais le reste du temps ce couple passer des journées entières à genou et prier pour le salut des âmes. Que pouvaient-ils faire d'autres ?
Il était d'usage dans cette église de faire des appels lors des prédications. Les personnes présentes manifestaient à cette occasion leurs besoins spirituels en s'avançant, puis on leur imposait les mains en priant.
Notre couple missionnaire était donc dans le questionnement, le besoin de reconnaissance. La justification de leur ministère commençait à pâtir à leurs propres yeux d'une absence de résultat. (J'aurai peut-être un jour l'occasion d'écrire sur ce besoin de résultats qui fait partie des rudiments du monde dont un missionnaire ou un pasteur peut rapidement tomber esclave). Il était temps de se prouver à soi-même d'abord puis à l'Eglise toute entière que le Seigneur confirme par ses actions d'éclat, le ministère ainsi confié.
Notre couple américain était donc à la tribune pour un chant, puis la dame prend le micro. On la sent hésitante, mais on sent qu'elle va faire quelque chose. Un petit silence s'installe puis elle commence à parler : Le Seigneur est venu pour nous délivrer, beaucoup de personnes souffrent d'une enfance blessée, certains ont souffert et ne sont pas encore guéris du mal que leur père ou leur mère leur a fait. Oh Seigneur ! Je te prie pour toutes ces personnes, Seigneur ! Délivre-les . Toute l'assemblée est en prière, l'émotion gagne peu à peu, nul doute, le Saint-Esprit agit. La dame reprend, un regard d'angoisse dans les yeux (j'observais le manège et croyez-moi, je n'en ai pas cru mes yeux que je n'avais pas baissés pour regarder mes chaussures) : Si quelqu'un souffre et veut être délivré, qu'il s'avance ou qu'il lève la main et je prierai pour eux ! .
La phrase était lâchée. On sentait que la femme désirait ardemment que beaucoup manifestent leur besoin de délivrance, car pour une première, ça ne pouvait pas être un flop. J?observais toujours. Oh, Seigneur, délivre les âmes de leurs chaînes, viens guérir les coeurs malades. N'ayez pas peur, approchez pour recevoir la bénédiction . Une main se lève, puis rapidement, plusieurs personnes quittent leur rang pour s'avancer sur le devant vers la dame. Instantanément, je vois notre missionnaire chargée du fardeau des âmes pousser malgré elle un soupir de soulagement et regarder son mari comme pour dire : ça marche ! . Bien sûr, nous avons assisté à une jolie séance de prières. Des personnes pleuraient, sanglotaient ; on avait réveillé en elles de vraies blessures. Mais de délivrance, de guérison, nenni?car chaque semaine pendant plusieurs années, j'ai vu quasiment sans cesse les mêmes personnes s'avancer pour crier leur souffrance et recevoir la foudre délivrante du ciel par l'imposition des mains.
Comme le Seigneur avait joliment confirmé le ministère de ce couple sympathique ! Mais savez-vous ? Mettez cent personnes dans une salle, dans un contexte religieux, c'est-à-dire en situation d'ouverture du coeur, propice au réveil de toutes les émotions profondes. Chantez, priez, faites vibrer les âmes et lancez un appel comme celui que j'ai décrit, et invariablement vous verrez des personnes s'avancer. Oui, ça marche ! Parce que les souffrances existent et qu'elles sont tellement graves que la responsabilité de chacun dans l'Eglise c'est d?y répondre clairement et non par des artifices destinés à satisfaire le besoin d'autorité spirituelle de quelques uns.
Les souffrances subies dans l'enfance provoquent invariablement des dysfonctionnements chez la personne concernée. Plus les faits subis sont graves et plus les personnes sont perturbées et affichent aux yeux de la société une vie déréglée. Ce que les religions ne manqueront pas de nommer péché : alcoolisme, adultère, colère, vices en tous genres, pauvreté, errance pour les plus touchés.
Alors, face à ces dérèglements visibles, les Eglises, qui se sentent le lourd fardeau de sauver les malheureux perdus, répondent de deux façons qui sont à l'opposé du message de l'évangile tel que je l'ai lu dans l'épître aux Romains.
Pour répondre à la lourde souffrance de la conscience blessée, vous rencontrez :
1 - d'une part les églises qui agissent comme celle de notre couple missionnaire américain. On ne culpabilise pas le souffrant, on lui promet la guérison, et en promettant, on espère soi-même que le Seigneur va agir de façon miraculeuse, évidente et que les problèmes vont être réglés de manière éclatante et indiscutable.
2 ? d'autre part, les églises qui elles sont sérieuses, rationnelles, qui ne se laissent pas atteindre par les émotions trompeuses ; ces églises après vous avoir enseigné le salut par grâce, vous avoir baptisé, s'attellent à la lourde tâche de vous faire rentrer dans le rang. Obéissez au Seigneur et à ses commandements maintenant que vous êtes sauvés ! Ne bois pas, ne drague pas, ne fume pas, ne, ne? Ces églises n'ont d'autre solution que vous replacer sous la dure rigueur de la loi. Or, que dit Paul au Romains, la loi ne sert de rien. Ces églises cherchent à s'améliorer par les ?uvres. La foi sous la loi !
Les églises parviennent par ces moyens à organiser un semblant d'ordre. Certaines situations en apparence peuvent se rétablir. Mais vous voyez des gens, tristes, souffrants et n'osant l'avouer, attelés à paraître bon chrétien et à sauver les apparences. Un jour quelqu'un pète un plomb et on s'étonne, un autre s'en va?
Ainsi, on peut imposer les mains, invoquer le ciel et promettre et vouloir la délivrance, ou on peut rationnaliser, parquer, culpabiliser et contraindre : PAS DE LIBERTE !
Les églises vivent des échecs retentissants, car après avoir réveillé une grande soif, une promesse de grâce et de délivrance, les personnes souffrantes le sont toujours après plusieurs mois, voire plusieurs années. Pourquoi ?
Le principal problème que rencontre la personne, qui que nous soyons, c'est l'autonomie de la marche devant Dieu.
Chacun cherche le Père, pouvoir être consolé et guérir de blessures, être aimé, rassurés, sauvés pour employer le langage religieux. C'est à se niveau que se situe la pratique de la foi. Ce sont des besoins profonds de sécurité, d'amour qui sont contenus au plus profond de nos âmes. Ils prouvent si nécessaire notre attachement à Dieu.
Or, alors que les Eglises devraient être un lieu d'encouragement de l'Adam et Eve à une rencontre, à une relation personnelle avec le Père céleste, notre Père, elles apportent des réponses tronquées. Elles répondent en s'attribuant une responsabilité à être intermédiaire entre l'Adam et Eve et Notre Père. Ce qui est la plaie de tous les systèmes religieux. Au lieu de conduire la personne à une relation intime avec Le Père par la foi, les religions vous conduisent vers un directeur de conscience, un pasteur qui saura prier pour vous, une église qui vous imposera les mains, un autre qui vous édictera les normes à respecter.