17 août 2007
THAÏLANDE ? Un morceau d'Histoire au fond des urnes
Les citoyens sont appelés ce dimanche aux urnes pour approuver ou rejeter par référendum une nouvelle Constitution. Quels que soient les résultats du scrutin, il fera basculer l'histoire du royaume dans une nouvelle ère, affirme le quotidien Bangkok Post.
Les campagnes des deux camps en vue du référendum sur le projet de Constitution thaïlandaise de ce dimanche battent leur plein. Le nouveau texte a redessiné les lignes de démarcation entre partisans et adversaires du Premier ministre en exil, Thaksin Shinawatra. Le référendum est le point culminant d'un processus entamé avec le coup d'Etat militaire de septembre 2006 : les enjeux pour les forces mises au pouvoir par le putsch sont cruciaux.
Si le "non" l'emporte au référendum, la junte militaire, connue sous le nom de Conseil pour la sécurité nationale (CNS), et le gouvernement provisoire qu'elle a nommé, dirigé par le Premier ministre Surayud Chulanont, devront faire face à une grave crise de légitimité.
Un tel "non" marquerait en effet le désaveu par les Thaïlandais du coup d'Etat et de la tentative de reconstruction consécutive du paysage politique qui a dominé l'essentiel des années 1980 et 1990. Pour les partisans de Thaksin Shinawatra, les enjeux sont plus modestes. Ils pourront continuer à lutter même si le projet de Constitution est approuvé.
Sans surprise, le CNS et le gouvernement Surayud ont exploité les avantages de leur mandat et tous les instruments étatiques à leur disposition pour favoriser le passage du texte. Militaires et fonctionnaires sont mobilisés dans tout le pays pour contrecarrer toute opposition organisée à la Constitution et pour convaincre les électeurs, des gens simples de l'intérieur du pays à l'intelligentsia de Bangkok, de se prononcer en faveur de ce nouveau texte.
L'audiovisuel, sous le contrôle de l'armée et du gouvernement, tant la télévision que la radio, est envahi par les émissions et les spots vantant les mérites de la nouvelle charte fondamentale. Les électeurs sont encouragés à se rendre massivement aux urnes, et ces campagnes de lutte contre l'abstention plaident en sous-main pour le "oui". Les adversaires et critiques du texte constitutionnel sont par ailleurs marginalisés et taxés de larbins de Thaksin Shinawatra, et leurs protestations, qui font état d'un projet de Constitution élitiste et antidémocratique, pratiquement ignorées.
Les autorités thaïlandaises ont réussi à mettre dans le même sac les opposants à la Constitution partisans du Premier ministre chassé et ceux qui, issus de la société civile, se méfient du texte mais détestent aussi Thaksin Shinawatra. Les autorités sont parvenues à discréditer et disqualifier les deux groupes du même coup. Pour faire bonne mesure, les mandats d'arrêt de la Cour suprême contre Thaksin et sa femme ont été délivrés à quelques jours à peine du référendum, provoquant la disgrâce du Premier ministre en exil et créant une distance entre lui et ses partisans.
Malgré l'approbation massive attendue, le CNS et le gouvernement Surayud s'exposent à des pressions considérables si le référendum vient à échouer. Partout ailleurs, les gouvernements respectables engagent généralement leur responsabilité sur ce genre de scrutin et démissionnent en cas de rejet d'un texte aussi essentiel. C'est pourquoi le pouvoir issu du coup d'Etat a veillé à limiter la casse en préparant le terrain en cas d'échec.
Si la Constitution ne passe pas cette épreuve de vérité, les autorités en place affirmeront que Thaksin Shinawatra a puisé dans des caisses bien garnies, que la majorité de l'électorat rural a voté pour le plus offrant et que tous les paysans ont été payés pour mettre le bulletin "non" dans l'urne. Ce serait une insulte à la population rurale pauvre. Une insulte aussi à l'intelligence de la classe moyenne urbaine cultivée et des groupes issus de la société civile. Et d'autres dénégations seront avancées pour cacher une vérité dérangeante, qui est que la Constitution de 2007, pour le moins opportune, est bien moins démocratique et bien plus élitiste que le texte organique et rassembleur de 1997. [Qui avait été rédigé après une large consultation de la société civile.]
Avec ce référendum, les Thaïlandais ont le choix entre trois visions différentes de leur avenir démocratique. Première option, un renforcement du nouveau régime fondé sur la Constitution de 2007. Celle-ci privilégie les intérêts des militaires, des fonctionnaires et de la monarchie. C'est une organisation bureaucratique adaptée aux enjeux de la mondialisation. Le Premier ministre devra être issu du Parlement, mais les fonctionnaires et les militaires seront bien représentés au Sénat, dont la moitié des membres sera nommée. Cette vision de la démocratie est naturellement moins démocratique et plus élitiste que celle proposée par la Constitution de 1997. Ses objectifs et intentions étaient présents dans la plupart des chartes rédigées avant 1997 et avant l'ascension de Thaksin.
Une deuxième possibilité consisterait à reprendre la conception démocratique prédominante à l'époque de Thaksin et de la Constitution de 1997. Cette dernière profitait aux nouveaux groupes industriels en leur laissant étendre leur emprise sur le pouvoir par le biais des élections. Elle s'appuyait sur un programme populiste d'aide aux pauvres, soulignant ainsi la face cachée du développement économique thaïlandais, dont tous les électeurs de base n'ont pas bénéficié. Mais elle permettait aussi à Thaksin et à ses comparses de multiplier les conflits d'intérêts, les man?uvres de corruption, les abus de pouvoir et les atteintes aux droits humains. Aujourd'hui, les partisans de Thaksin demandent un retour à la Constitution de 1997 et une deuxième chance.
Enfin, troisième possibilité : laisser plus de pouvoir à la société civile et construire le pouvoir politique sur une légitimité populaire, sur la base de la charte de 1997 mais sans Thaksin et ses malversations. Pour l'heure, les partisans de ces deux derniers courants forment une alliance contre le premier, mais les militaires ont de nouveau le vent en poupe. Le vote de la charte serait une victoire pour eux mais, dans la situation actuelle, ils ne pourront faire l'économie de concessions et d'ajustements majeurs.
Thitinan Pongsudhirak
Bangkok Post
http://www.courrierinternational.com/article.asp?prec=0&suiv=4718&page=2&obj_id=76579
Cet article est un model de désinformation, voir de non information.
Sous prétexte d'informer le lecteur sur le texte, le journaliste se livre à une attaque en règle du gouvernement selon des critères extrêmement vagues.
On doit noter une contradiction dans l'article : celui-ci demande une constitution plus démocratique mais reconnaît l'illettrisme du des paysans. Comment peut-on vouloir la démocratie qui exige un degré d'instruction et de culture assez haut et dire que les paysans peuvent être achetés ?
Comment peut-on reconnaître que la constitution est adaptée à la mondialisation et vouloir soit retourner à une constitution d'un ex premier ministre corrompu, soit aller vers une constitution plus démocratique au risque d'être moins efficace ?