On m'a dit que tu avais dit que tu voulais  sortir de cette logique malsaine d'information mutuelle en continu (les guillemets ne garantissent aucunement l'authenticité de tes dires mais, étant donné ton état d'esprit actuel, je t'imagine parfaitement sortir un truc aussi naze).
Qu'as-tu de si important à cacher, franchement ? Je ne vois pas en quoi ça te dérange qu'on sache que tu as vu Machin ou que tu as été au cinéma avec Chose. Ce n'est pas un secret d'état, ton emploi du temps, que je sache. Il est clair que ta vie privée serait violée si on était au courant de ces détails super croustillants…
J'ai toujours eu une réputation de pipelette. A l'unif, j'étais toujours la première au courant des derniers ragots (je n'aime pas ce mot - ragot - on imagine une vieille mégère avec des bigoudis et un air revêche sur le pas de sa porte). Qui sortait avec qui ? Qui avait quitté qui ? Pourquoi ? Comment ? Je ne pouvais pas m'empêcher, aussi, quand je rencontrais quelqu'un de ma bande , de lui préciser que la vieille j'avais vu l'un ou l'autre de nos amis, qu'on avait été boire un verre dans un tel café, qu'on avait discuté de ceci ou de cela,…
Aujourd'hui, on est passé à des nouvelles d'un autre type. Qui va avoir un bébé ? Fille ou garçon ? Et le mariage c'est pour quand ? Combien ont-ils payé leur maison ? Les préoccupations ont changé mais il y a une chose qui ne bouge pas : c'est par moi que se diffuse l'information.
Il n'y a rien de malsain dans mon attitude, je trouve. Mon truc, ce n'est pas de parler sur le dos de , mais simplement d'échanger des nouvelles à propos des autres. Je ne suisd'ailleurspas particulièrement friande de détails sordides. Pour moi, tous les détails sont bons à prendre… et à répandre.
Parce que la vie des autres m'intéresse sincèrement, je m'imagine qu'elle intéresse tout le monde. C'est souvent le cas en général. Et comme je n'aime rien de plus que de me rendre intéressante, j'adore pouvoir donner des informations exclusives .
La culture du secret m'est complètement étrangère (elle m'est même très pénible le plus souvent). Ça vaut pour moi-même comme pour les autres. Ça ne me gène pas du tout de parler de ma vie personnelle (la preuve). Et j'ai toujours trouvé bizarre de vouloir à tout prix rester discret sur celle-ci. Surtout qu'en général il n'y a rien de bien scandaleux à dévoiler. Les gens que je fréquente ont une vie plutôt pépère.
Tu sais, j'adorerais qu'on ragote plus sur mon compte, moi. Je râle que les gens ne parlent pas plus de moi entre eux. Je me souviens par exemple (il y aurait mille autres exemples) de cette fois où j'avais annoncé à un ami que j'avais trouvé un nouveau job. J'étais toute contente. Le soir-même, il dînait avec des connaissances communes. Je m'imaginais naïvement qu'il leur annoncerait la bonne nouvelle. Mais non. J'étais hyper déçue.
J'ai le fantasme de la transparence totale. D'un monde où personne ne cacherait rien, où les tenants et aboutissants des histoires de chacun apparaîtraient au grand jour. On comprendrait tout, il n'y aurait plus ces parts d'ombres qui me gâchent mon plaisir et me plongent dans l'incompréhension. Certains trouvent que ça manque de mystère, de tout savoir, de tout se dire. Mais moi je n'ai jamais trouvé aucun charme aux trucs mystérieux (je suis une vraie rationnelle à ce niveau).