Le match retour entre la France et l'Angleterre championne du monde en titre s'est soldé par la victoire d'une défense tricolore, qui n'a fait que confirmer son intraitabilité. Il faut ajouter à cela une nette amélioration du jeu français en mêlée, dans les touches et les passes. Enfin, le Quinze de France l'a emporté sans avoir eu besoin de Sébastien Chabal, notre nouvelle coqueluche nationale.
L'équipe de Bernard Laporte a déjà rassuré tous ses supporters. On se demandait si l'effectif tiendrait le choc proposé par un Quinze de la Rose revanchard, ayant retrouvé ses meilleurs joueurs comme Robinson et Wilkinson. Il fallait voir les Anglais à la sortie des vestiaires juste avant le match : sous les encouragements du vétéran Dallaglio, les visages étaient fermes, rudes et prêts au combat. Du côté français, la concentration du capitaine Ibanez et du grand Pelous répondait à l'envie anglaise d'en découdre au plus vite, sous la chaleur et l'enthousiasme marseillais.
C'est que le Stade Vélodrome a été parfait comme la défense des Français. Cette dernière demeure invaincue depuis deux rencontres face aux Anglais, ce qui n'est pas rien. De toute évidence, la meilleure équipe du mondial 2007 sera celle qui combinera habilement défense et attaque. La première fut à peine ébranlée par la seule tentative d'essai de Robinson à la 17e minute ; mais les Anglais ont vite déchanté face à des Français qui n'ont rien laissé passer.
L'attaque française a été moins généreuse que la dernière fois. L'essai détendu de Yannick Jauzion est venu récompensé le long travail de la défense tricolore ; on ne peut d'ailleurs qu'être admiratif devant la percée fulgurante de ce dernier, idéale à ce moment du match (48e minute). Mais alors qu'on l'attendait au tournant, Harinordoquy échoue de peu à marquer le second essai, alors que Clément Poitrenaud l'accompagnait sur sa gauche sans adversaire face à lui. Dommage pour Imanol, mais il est clair que ses performances doivent encore être paufinées. Le prochain match contre le Pays de Galles pourrait lui permettre de finaliser son jeu.
D'autres joueurs ont marqué les esprits des supporters et du staff français : Yannick Nyanga a été formidable dans ses plaquages et ses percées, manquant aussi d'aplatir un essai si le bras de Wilkinson ne trainaît pas par là . Cédric Heymans a été un ailier régulier dans ses performances lors du match, accomplissant un gros travail dans l'avance du terrain. Jean-Baptiste Elissalde demeure un bon marqueur de pénalités (14 points), même s'il pourrait faire encore mieux. Mais le monstre de puissance ayant révélé sa double capacité à attaquer et à défendre fut bien Thierry Dusautoir. Comme Chabal à Twickenham, Dusautoir a marqué des points à sa façon, confirmant sa place dans l'équipe. Le jeune homme ne cachait pas d'ailleurs qu'il se sentait très bien dans le Quinze de France de Laporte. Une excellente nouvelle pour le présent et l'avenir du rugby français. Enfin, entré en fin de match, Nicolas Mas a également bien perforé les lignes anglaises tel un boulet emportant tout sur son passage.
Mais le plus étonnant a été le manque de lucidité des Anglais. On attendait la terreur des pénalités, Jonny Wilkinson, mais il a déçu. Elissalde n'avait d'ailleurs rien à envier au légendaire buteur anglais, ce samedi soir. Outre Wilkinson, les coups de sang inopportun de Martin Corry face à un Ibanez serein n'ont pas joué en faveur du Quinze de la Rose. Le point faible dans le dispositif anglais a été Mark Cueto, responsable de plusieurs erreurs dans la prise du ballon ovale. L'entrée de Dallaglio en seconde mi-temps n'a pas suffi à relancer la machine anglaise.
Avec ou sans Chabal, la France prouve qu'elle peut battre les champions du monde à la régulière, notamment en retrouvant une défense exemplaire. Il ne reste plus qu'à savoir si tout cela, associé aux nouveaux talents français, permettra au Quinze tricolore de surmonter la trinité des grandes équipes du Sud : Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud et Australie. En y ajoutant la volonté de gagner chaque match avec l'éternel french flair, le Quinze de France pourrait soulever bien des montagnes, en septembre prochain.
OG
(photo AFP).