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Captivity

Marco Beltrami - Captivity (inédit)

cf6f4adb712f233d4b98f6cae8bba63c.jpgQui eût cru qu'un jour on se retrouverait à parler de Roland Joffé dans une rubrique consacrée au cinéma de terreur ? C'est pourtant bel et bien ce qui se produit puisque le réalisateur anglais est de retour cette année avec Captivity, sorte de huis-clos horrifique dans lequel une jeune mannequin est enlevée et séquestrée par un mystérieux tueur. Qu'est-ce qui, dans ce projet, a bien pu attirer le metteur en scène autrefois très estimé des splendides The Killing Fields (La Déchirure) et The Mission ? Le désir de changement ? La nécessité de renflouer les caisses ? Peut-être un peu des deux ? On ne le saura probablement jamais. Déjà sur la pente descendante depuis longtemps, enchaînant les films mineurs voire les bides, de The Scarlet Letter à Vatel, Roland Joffé touche le fond avec Captivity. Son métrage, jugé trop soft compte tenu des critères actuels, a été rafistolé et remonté par le producteur exécutif Courtney Solomon, auguste réalisateur des nullissimes Dungeons et Dragons et An American Haunting. Le résultat affiche des séquences gores peu conseillées aux âmes sensibles et pompe Saw de façon tellement éhontée que l'envie de quitter la salle n'en devient que plus pressante. Toute la première partie, très ennuyeuse, n'a manifestement pas été scénarisée, tandis que la deuxième, heureusement plus dynamique, accumule les clichés et autres twists peu surprenants de façon très routinière, voire grotesque par moments. La pauvre Elisha Cuthbert (24 Hours, The Girl Next Door, House of Wax), qu'on aime bien en temps normal, se demande visiblement ce qu'elle est venue faire dans cette galère, et nous aussi. Quant à Roland Joffé, il y a longtemps qu'il a quitté le navire...

Une fois passé la surprise de voir le nom de Marco Beltrami associé à celui de Roland Joffé - association qui, pour bon nombre de gens, confirmera la déchéance du réalisateur : eh oui, terminé les Ennio Morricone et autres John Barry... -, on comprend vite que le compositeur de Wes Craven et de Guillermo Del Toro a été engagé en raison de sa grande expérience ès-thriller horrifique. Mais, étant donné le bidouillage sévère opéré par Courtney Solomon, on se demande à quoi ressemblait au départ le film de Roland Joffé et l'on en vient même à se demander s'il y a eu une quelconque collaboration entre lui et Marco Beltrami au stade final de la production. Quoi qu'il en soit, le compositeur, qui vient d'officier en grande pompe sur le quatrième opus des aventures de John McClane, Live Free or Die Hard, fait ce qu'il sait faire de mieux, à savoir du Marco Beltrami, mais sans grande inspiration, comme si la pauvreté du film rejaillissait sur sa musique.

Après un générique sourd et grinçant à souhait, énième rejeton de celui de Seven tant sur le plan visuel que sonore, la musique se fait sourde et atmosphérique durant la majeure partie du film, à tel point qu'il devient difficile de reconnaître la patte du musicien. Longues lacérations métalliques, hurlements synthétiques, moments de quasi silence interrompus par de brutales dissonances : Beltrami ne fait pas dans la facilité et ne flatte nos oreilles à aucun moment, sans pour autant aller aussi loin que Charlie Clouser dans les Saw. La fusion entre sons électroniques et acoustiques, l'emploi d'instruments insolites et le refus presque complet du symphonique font parfois penser à Thomas Newman, la malveillance et l'angoisse en plus. Les moments de désespoir de l'héroïne ou de réminiscence d'un passé plus heureux occasionnent quelques rares minutes de détente, marquées par un piano et des violons mélancoliques. Le style désormais bien connu de Marco Beltrami ne s'affirme réellement que lors des séquences d'emballement et d'action violentes de la dernière partie du film : rythmes synthétiques obsédants et menaçants directement issus de Terminator 3 : Rise of The Machines, pulsations haletantes, cordes stressées, piano martelé et torturé. Le sens inné du compositeur pour créer une tension diabolique s'avère efficient dans ces quelques passages, mais l'ensemble s'avère néanmoins trop fonctionnel pour susciter un réel intérêt. L'aspect aride de la partition et le peu d'inventivité dont elle fait preuve ne font que s'ajouter aux multiples problèmes de production et expliquent sans doute qu'aucun album n'ait été édité pour cette musique. Les fans du compositeur pourront le déplorer mais les autres attendront sans mal jusqu'à ses prochains travaux, forcément intéressants a priori puisqu'ils s'effectueront en collaboration avec James Mangold et avec Bertrand Tavernier...


Source : hautetfort.com
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