Une leçon de football. Voilà bien la dernière chose qu'il manquait au début de saison chaotique de l'Olympique lyonnais. Dominateurs les six dernières saisons, les champions de France ont été baladés par un club au budget six fois inférieur, samedi 18 août, lors de la 4e journée du championnat de France de football de Ligue 1. Alors que sur les bords du Rhône, jusqu'à cette année, les entraîneurs passent, sans incidence sur les résultats, le succès du FC Lorient repose essentiellement sur les épaules de Christian Gourcuff, plus de dix-sept ans au club, et une solide réputation d'amateur de beau jeu. Cet exemple, à la 65e minute de Lorient-Lyon. Une deux, renversement de jeu, dédoublement, centre et reprise victorieuse : sept joueurs lorientais sont impliqués, pour la plupart à une seule touche de balle, dans le deuxième but de l'équipe, marqué comme le premier par Marama Vahirua, tandis que les Lyonnais ne sont jamais en situation d'esquisser un seul tacle. Au micro de Canal+, Christian Gourcuff ne mâche pas ses mots : ce but, dit-il, est pour lui "une immense jouissance".
L'entraîneur lorientais est du genre à préférer ce type de réalisation à la fantastique reprise de volée de son attaquant tahitien en début de match (14e) - "un geste de classe rendu possible par la maîtrise collective". Plutôt que l'exploit individuel, Christian Gourcuff préfère l'équipe. "Un jeu collectif, cela veut dire que tout le monde a la même perception de la situation. C'est ma conception du jeu", explique-t-il.
Dans un football où l'individualisme est la règle, Gourcuff détonne, et parfois irrite. Lors de la saison 2001-2002, il quitte Lorient pour Rennes, qui vise le haut du tableau. L'expérience tourne court. Faute d'imposer ses idées, le technicien s'en va. Après un petit tour au Qatar, il retourne à Lorient, où il a les coudées franches pour imposer son style. Définition : "Des principes collectifs comme la défense de zone, avec une organisation en 4-4-2, et des règles de couverture très précises." Du classique, sans doute, mais à la sauce Gourcuff. "On ne pratique pas le 4-4-2 à Lorient comme ailleurs. Nous avons des références très spécifiques, qui permettent d'avoir une unité d'analyse et de réaction au sein du collectif."
Le collectif, toujours, hérité d'Arrigo Sacchi, entraîneur du grand Milan AC de la fin des années 1980, qui a beaucoup inspiré Christian Gourcuff. Dans le mensuel So Foot (janvier 2006), le Breton expliquait la difficulté de la mise en place de tels préceptes : "Chaque joueur doit connaître son placement et celui de ses partenaires. Il faut donc une unité de pensée et d'action, donc une culture commune très poussée, comme au Brésil ou au FC Nantes."
Ne pas imaginer pourtant Christian Gourcuff en austère professeur de mathématiques, son ancien métier. Outre la rigueur d'Arrigo Sacchi, il a été marqué par le Brésil de Pelé et Rivelino. A Lorient, il y a la culture du beau jeu. Ce qui ne signifie pas pour autant celle de l'avalanche de buts. Paradoxalement, alors que Christian Gourcuff a la réputation d'un apôtre de l'offensive, son équipe marque peu, mais n'encaisse pas beaucoup de buts. Elle a fini la dernière saison avec la 19e attaque de Ligue 1 et la 6e défense.
Et si, après trois ans de travail minutieux, tout cela portait enfin ses fruits cette année, où le club, pour l'heure, partage la 1re place du classement de la Ligue 1 avec Nancy et Le Mans ? "Dans le foot, il faut savoir garder la raison, assure Christian Gourcuff. Nous jouons comme la saison dernière. Nous marquons plus, mais je retiens surtout un jeu de grande qualité, avec des mouvements superbes."
L'objectif reste toujours le maintien. Lorient est bien parti. "On a déjà dix points, on a fait un quart du chemin en quatre matches, c'est fantastique pour le club ! Cela va nous permettre d'être plus sereins." Et de jouer sans pression, par amour du beau jeu.