La Russie a annoncé vendredi 17 août la reprise des vols de bombardiers sur des longues distances. Ils avaient été suspendus il y a 15 ans, après la fin de la guerre froide. La presse européenne se demande quelles motivations se cachent derrière cette décision.Berliner Zeitung (Allemagne)
Roland Heine constate que l'argument avancé par Vladimir Poutine concernant la sécurité de la Russie est "malheureusement" pertinent. "Les Etats-Unis n'ont en effet jamais renoncé dans la même mesure à leur potentiel militaire. Leur réseau international de bases militaires offre à l'armée américaine un avantage stratégique sans égal. Il suffit de se rappeler les conditions qui ont conduit la Russie à interrompre les vols en 1992. A l'époque, les principaux représentants de l'OTAN et les innombrables politiciens occidentaux avaient assuré Moscou que l'OTAN ne s'élargirait pas l'Est (...) Qu'en est-il aujourd'hui ? L'OTAN a manqué a sa parole et s'étend désormais jusqu'aux frontières de la Russie. Naturellement, Moscou se pose des questions. Dans le meilleur des cas, Bush junior traite l'ONU comme un sous-traitant des Etats-Unis et les traités de contrôle des armements ont été soit annulés, soit non ratifiés ou contournés par Washington. Dans ces circonstances, ce n'était qu'une question de temps avant que la Russie ordonne à ses bombardiers de reprendre leurs vols."
The Observer (Royaume-Uni)
"Le sentiment d'insécurité russe est facile à comprendre", considère l'hebdomadaire. "La chute de l'Union soviétique a coûté à la Russie son système mondial d'échanges commerciaux, son alliance militaire européenne et une grande partie de son territoire, ainsi que des populations qui font maintenant partie intégrante des Etats voisins. N'importe quel pays ayant connu ce traumatisme est susceptible de réagir en se retranchant derrière l'ultranationalisme. C'est ce qu'a fait l'Allemagne, par exemple, après la Première Guerre mondiale. La comparaison est cependant peut-être exagérée. L'Union soviétique n'a pas subi de défaite militaire en 1991 et l'Occident n'a pas imposé de réparations. (...) Le décollage en urgence la semaine dernière de vieux bombardiers pour patrouiller dans le ciel est une tentative désespérée pour attirer l'attention de la communauté internationale et susciter les applaudissements internes. Une telle posture est un signe de faiblesse. La Russie a une économie sous-développée, dépendante de la hausse des prix du pétrole. Plus que des rapports conflictuels, M Poutine veut de la reconnaissance et du respect de la part de l'Ouest. Il est ouvert à la négociation."
Dnevnik (Slovénie)
Dejan Kovac commente la décision russe dans un article intitulé 'Les Russes arrivent'. "Depuis la chute de l'empire communiste, la Russie a pansé ses plaies, tandis que le monde a changé stratégiquement contre sa volonté. Mais cette époque est bel et bien révolue. (...) Une guerre froide n'est pas (encore) à l'ordre du jour. Moscou roule des mécaniques dans une sorte de parade plus élégante que le comportement ambivalent des Etats-Unis. Si la Russie parvient à se faire accepter par d'éventuels partenaires, les Etats-Unis risquent de rencontrer bien des difficultés en Asie centrale."
Der Standard (Autriche)
Josef Kirchengast est soulagé par le flegme du gouvernement américain vis-à-vis de la décision russe de rétablir les patrouilles de bombardiers stratégiques. "Les déclarations [de la Maison Blanche] se démarquent agréablement de la rhétorique de la guerre froide qui n'a cessé de prendre de l'ampleur après le discours prononcé par Vladimir Poutine lors de la Conférence de Munich sur la sécurité en février dernier, et qui s'est poursuivie avec le conflit autour du projet américain d'implantation d'un bouclier antimissile en Europe. Entre-temps, il semble que Washington ait pris conscience que les fanfaronnades géopolitiques de Moscou ont un rapport non négligeable avec les élections législatives à venir (en décembre) mais surtout avec les élections présidentielles de mars prochain, et que des réactions virulentes ne feraient que renforcer la position des partisans de la ligne dure en Russie."
courrierinternational.com