La Restauration ne répara pas, on le sait, les malheurs de la Vendée.De glorieux sacrifices restèrent sans récompense, malgré les promesses faites au mois de juillet 1814, par le duc d'Angoulême lors de son voyage en Vendée, où il visita notamment La Roche-sur-Yon, Mortagne, Les Herbiers, La Ferrière, les Quatre-Chemins, Luçon ; et les paysans vendéens purent à peine s'apercevoir du triomphe de cette cause qu'ils avaient honorée de leur héroïque dévouement, et en l'honneur de laquelle ils venaient d'entonner à nouveau ce chant vendéen du temps passé :
Nous, porteurs de l'écharpe blanche,
Jamais le sort ne nous abat ;
En attendant chez nous notre revanche
on boit chez nous, comme on se bat.
Pas un verre qui reste vide
Et pas un coeur qui reste froid,
Cavalier, buveur intrépide,
Vendéen, debout, à la santé du Roi !
Cependant lorsque revinrent les jours de l'infortune, le sang français ne coula qu'en un seul endroit pour la défense du trône des Bourbons, et ce fut encore dans la Vendée, surtout dans la Vendée du Bocage, car l'indifférence de Louis XVIII et des siens pour ceux qui s'étaient montrés si fidèles à la royauté acheva de détacher d'elle les habitants du Marais méridional.
L'empire avec ses gloires, ses triomphes, ses abus même d'autorité, convenait aux maraîchins du midi de la Vendée. Issus d'aventuriers, ils aimaient cet aventurier génial qui s'appela Napoléon, comme leurs aïeux avaient aimé Charette chef de bande.
Pendant les Cent jours ils restèrent en grand nombre sourds à l'appel du second La Rochejaquelein, tandis que les habitants du Bocage s'étaient levés comme un seul homme, prêts à tout tenter pour sauver la monarchie. Dès que la rentrée de Bonaparte à Paris (20 mars 1815) est connue, Constant Suzannet, aidé des neveux de Charette, et puissamment secondé par le clergé des campagnes, tâche de reconstituer l'armée du pays de Retz et du Bas-Poitou, le vieux Sapinaud celle du Centre, d'Autichamps celle d'Anjou, et Auguste de La Rochjaquelein une nouvelle armée du Haut-Poitou. Dès le 10 avril des bandes parcourent les environs de Bressuire, faisant coup de feu avec la gendarmerie, maltraitant les acquéreur rançonnant et désarmant les habitants qui refusent de se joindre à eux. D'autres rassemblements se forment à Beaupréau, aux Herbiers, quatre cents paysans armés de bâtons ferré assaillent un détachement d'infanterie.