Encore un passage de Shantaram, mais celui-ci a cela de particulier qu'il coupe brutalement avec le contexte initial. Un effet de style volontaire ou pas que j'apprécie beaucoup, surtout dans un tel foisonnement. Dans ce passage on découvre que l'amour entre deux occidentaux passe par l'écriture. Un des personnages (je ne veux pas déflorer les diverses intrigues, donc je préfère rester vague) a ouvert -sacrilège- le journal de la femme dont il vient de tomber amoureux. Après avoir lu un poème qu'il espère lui être dédié il dit ceci :
"Debout, devant le bureau, j'ai pris un stylo et j'ai recopié le poème sur une feuille de papier. Ces mots volés pliés secrètement dans mon portefeuille, j'ai refermé le journal et l'ai replacé exactement là où je l'avais trouvé.
Je suis allé jusqu'à la bibliothèque. Je voulais lire les titres qui me donneraient des clés pour comprendre la femme qui les avait choisis et lus. La petite bibliothèque de quatre étagères était étonnamment éclectique. Il y avait des textes sur l'histoire grecque, des textes de philosophie, de cosmologie, de poésie, de théâtre. La Chartreuse de Parme dans une traduction italienne. Un exemplaire de Madame Bovary en français, Thomas Mann et Schiller en allemand. Djuna Barnes et Virginia Woolf en anglais. J'ai sorti l'exemplaire des Chants de Maldoror d'Isidore Ducasse. Les pages étaient cornées et abondamment annotées de la main de ----- . J'ai pris un autre livre, une traduction allemande des Âmes Mortes de Gogol et là encore ----- l'avait annoté. Je pouvais voir qu'elle consumait ses livres. Elle les dévorait, ne craignait pas d'y écrire, d'y apposer la marque de ses commentaires et de ses références.
Une rangée de cahiers, identiques à celui que j'avait découvert sur le bureau, occupait une demi-étagère, une vingtaine de cahiers en tout. J'en ai pris un et je l'ai feuilleté. Le fait qu'il ait été écrit en anglais, comme les autres, m'a frappé pour la première fois. ---- était née en Suisse, elle parlait couramment l'allemand et le français, je le savais. Mais elle écrivait ses pensée et ses sentiments les plus intimes en anglais. Je me suis accroché à ça, en me disant que c'était un bon présage. L'anglais était ma langue. Elle parlait à elle-même, à son coeur, en anglais."
Magnifique je trouve. Et qui retrouve-t-on encore ? Virginia Woolf ;)
Et pour aller avec ce joli passage, voici le nouveau clip de Bat For Lashes "Prescilla". Si vous aimez, courrez vite sur Itunes, c'est le single de la semaine c'est-Ã -dire gratuit ! Ce qui ne va pas m'empêcher d'acheter l'album complet très bientôt...
Source : hautetfort.com
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