Renault a révélé, mardi 21 août, les lignes de sa nouvelle Laguna. Le lancement de la troisième génération de ce modèle de milieu de gamme constitue pour le constructeur français un enjeu majeur. Depuis dix-huit mois le groupe subit une véritable descente aux enfers. Ses ventes en Europe n'ont cessé de chuter. La part de marché de la marque au losange est tombée à 7,7 % en juillet, un niveau jamais atteint. La nouvelle Laguna, qui sera commercialisée à partir du 12 octobre, est censée provoquer le déclic qui doit relancer l'entreprise. En faisant de la réussite de ce modèle le premier des trois objectifs du "contrat 2009", le PDG de Renault, Carlos Ghosn, a mis une forte pression sur les responsables du projet. Selon ce plan, la Laguna doit devenir l'une des trois premières de sa catégorie en termes de qualité et de ventes. Mais au-delà le modèle vise à redonner le moral à une entreprise qui traverse une passe difficile.
La tâche n'est pas évidente. Laguna appartient à un segment de marché qui connaît une évolution difficile en Europe. Concurrencés par la multiplication des monospaces et des petits 4×4, les berlines et les breaks de taille moyenne ont de moins en moins de succès. Leur part de marché a décru de 22 % à 15 % depuis les années 1990. En 2006, ce segment a encore chuté de 3,5 %.
Reconquérir du terrain sur un marché en déclin tient de la gageure. Pour y parvenir, Renault a misé sur la qualité. Il faut dire que la génération précédente, lancée en 2001, s'est soldée globalement par un échec. Les pannes à répétition de Laguna II dans les premiers mois de sa commercialisation ont fini par plomber le modèle.
Après avoir atteint 275 000 unités en 2001, la production est tombée à 73 000 en 2006. "Nous n'avons pas gagné d'argent avec ce modèle, avoue Patrick Pelata, directeur général adjoint de Renault, c'est pourquoi Laguna III constitue un enjeu important en termes de rentabilité, qui devrait être très sensiblement améliorée par rapport à la génération précédente."
Sur le plan de la qualité, Renault affirme avoir changé d'époque. Les dépenses de garantie, qui oblige le constructeur à prendre à sa charge les pannes intervenant dans les vingt-quatre premiers mois de vie du véhicule, ont diminué de 40 % entre 2005 et 2006. Ces progrès sont déjà perceptibles sur la dernière Clio, classée par le cabinet américain JD Power parmi les trois premières de sa catégorie.
Mais le défi est plus délicat à relever pour Laguna, qui se bat sur un segment de clientèle beaucoup plus exigeant que les petites citadines. Renault semble cette fois sûr de son coup. Le constructeur s'est engagé à proposer pour Laguna III trois ans de garantie ou 150 000 kilomètres. Mieux que Toyota, la référence mondiale en matière de qualité !
PLUS DE 1 MILLIARD D'INVESTISSEMENT
Le défi est de taille pour Renault, car au-delà de la prise de parts de marché dans le segment du milieu de gamme, Laguna III est censée constituer la première étape de la conquête d'une légitimité sur le haut de gamme dans lequel les constructeurs français ont toujours échoué.
Le prix de la qualité ? Le développement du modèle a nécessité un peu plus de 1 milliard d'investissement durant les trente-deux mois nécessaires à son développement. Un montant qui reste élevé du fait que, contrairement à d'autres modèles de la gamme, Laguna ne partage pas de plate-forme commune avec le japonais Nissan, dont Renault détient 44,4 %.
Pour assurer le succès de sa nouvelle berline, qui sera produite à Sandouville (Seine-Maritime) au rythme de 180 000 unités par an, Renault mise sur le marché des flottes d'entreprises, qui devraient constituer entre 40 % et 50 % des ventes.
Pour cela l'accent a été mis sur une compression des coûts d'usage. Le passage en révision s'effectuera ainsi tous les 30 000 kilomètres au lieu de 20 000 habituellement. Enfin grâce à une version diesel de 110 CV, la Laguna III se place en tête de sa catégorie en matière d'émission de CO2 avec 136 grammes rejetés aux 100 kilomètres.
Renault a-t-il enfin mangé son pain noir ? Le fait qu'en juillet les ventes européennes du constructeur aient connu une évolution positive - même modeste avec +0,6 % alors qu'il affichait régulièrement des baisses à deux chiffres - constitue peut-être un signe de bon augure.
Stéphane Lauer (www.lemonde.fr)