HANANE CHERIGUI, Française de 27 ans, est détenue depuis 3 mois en Angleterre avec son amie Samia.
Comment vous sentez-vous aujourd'hui ?
Hanane Cherigui . Ça va, j'essaie de tenir le coup. Le plus dur, lorsqu'on est enfermé, c'est de penser à la famille et aux proches qui sont au dehors.
La vie, ici, est dure, presque militaire. Je ne parlais pas anglais en arrivant, et l'on n'a pas cherché à me comprendre. Les détenues ne sont pas faciles, beaucoup sont condamnées à de lourdes peines. Je me suis surtout liée à quelques étrangères. Les Anglaises restent entre elles. Et puis, ma vie a basculé. J'ai bien peur de perdre mon travail, même si mes employeurs m'ont conservé mon poste jusqu'à présent. Je devais me marier le 23 juin dernier. Avec mon fiancé, nous avions signé une promesse de vente, pour acquérir une maison. Tous ces projets et bien d'autres ont été interrompus.
L'audience de ce mercredi doit déterminer la date de votre procès. Vous êtes confiante ?
Mon avocat m'a prévenue : le procès n'aura peut-être lieu que l'année prochaine. Je n'espère plus comme je le faisais au début. Lorsque le juge a refusé la libération sous caution, j'étais anéantie. De toute façon, cela fait trois mois que je vis dans l'angoisse, sans savoir quand tout cela prendra fin. Je préfère être fixée, quitte à pleurer un bon coup. Lors de ce procès, nous pourrons enfin nous défendre, devant douze jurés qui entendront peut-être ce que nous avons à dire.
C'est-à-dire ?
Comme mon amie, j'ai un travail, une vie en France. Je suis à l'abri du besoin. J'étais sur le point de me marier lorsque tout cela est arrivé. Je n'ai jamais transporté de clandestins. Pourquoi aurais-je pris un tel risque ? Nous étions parties à Londres sur un coup de tête, comme cela nous était déjà arrivé dans le passé. Le seul reproche qu'on pourrait nous faire, c'est d'avoir négligé de vérifier la fermeture du coffre de la voiture.
Que s'est-il passé, selon vous, le 2 juin ?
Je n'arrive pas à me l'expliquer. Je vois plusieurs moments durant lesquels ces hommes (deux Chinois) ont pu pénétrer dans la voiture : lorsque nous en sommes sorties pour acheter les billets du ferry, ou alors durant les six heures de traversée. Sur le bateau, nous n'avons pas du tout accès aux véhicules.
A quel moment avez-vous réalisé la gravité de votre situation ?
Au début, je n'ai pas compris. Quand les douaniers m'ont fait ouvrir le coffre et que j'ai aperçu les deux hommes, j'ai eu un vrai choc. Je suis retournée m'asseoir au volant, tandis que Samia me demandait : Qu'est-ce qu'il se passe ? J'étais incapable de lui répondre. Puis, lors de l'interrogatoire de police, j'ai compris qu'il s'agissait de clandestins qui tentaient de rentrer en Angleterre. Sur le moment, j'ai été très soulagée d'apprendre qu'ils ne transportaient pas de drogue. J'étais tellement sûre que tout allait s'arranger que je n'ai pas prévenu ma famille tout de suite. Mais au fil des interrogatoires, les policiers nous ont répété que c'était très grave et que nous allions faire de la prison. On nous a conseillé de plaider coupable, pour que notre peine soit allégée.
Pourquoi ne l'avez-vous pas fait ?
J'y ai réfléchi, je ne vous le cache pas. J'aurais peut-être accepté de plaider coupable si l'on m'avait accusée de négligence, au sujet du coffre de la voiture. Mais ce n'est pas le cas. Je refuse de laisser croire aux gens que j'aurais laissé ces personnes enfermées durant dix heures sans leur donner à manger, à boire ou les laisser sortir. Je suis innocente, je veux plaider non coupable, et j'irai jusqu'au bout pour cela.
Hanane Cherigui et son amie Samia risquent de passer aux Assises pour transport de clandestins sur le sol britannique. L'Angleterre a durci sa législation sur l'immigration clandestine.
(Photo: Hanane Cherigui et son fiancé Khaled)
(Source: Le Parisien)