Brest (Finistère)
Ils se sont donné rendez-vous ce matin devant l'arsenal militaire de Brest. Avec une cinquantaine de navires, les marins-pêcheurs des ports du Finistère ont décidé d'occuper l'espace maritime de 9 heures à 16 heures pour exiger que le procès de l' Ocean Jasper se tienne en France. Ce cargo turc sous pavillon de complaisance des îles Kiribati, à quai à l'arsenal, aurait heurté et coulé le 17 août le caseyeur Sokalique , à 100 km au nord d'Ouessant (Finistère).
Resté à bord pour alerter les secours, le patron Bernard Jobard avait péri noyé. Ses six matelots avaient été sauvés dans leur canot de survie par un autre bateau de pêche alors que le cargo poursuivait sa route.
C'est une manifestation pacifique et symbolique pour montrer notre détermination, explique André Le Berre, président du comité régional des pêches. Dans un contexte de collisions et d'accidents évités de justesse qui se multiplient, ce dernier drame est la goutte qui fait déborder le vase. Surtout en sachant que le commandant et l'équipage de ce cargo pourraient s'en tirer sans poursuites. Le gouvernement des îles Kiribati - archipel de 103 000 habitants en Océanie vivant des taxes payées par des compagnies maritimes peu scrupuleuses - a accepté que l'enquête soit menée à Brest. Mais la convention internationale de Montego Bay dit qu'il est le seul habilité à engager des poursuites judiciaires contre le cargo incriminé.
Présent mercredi dernier aux obsèques du patron du Sokalique , Nicolas Sarkozy s'était engagé à recevoir à l'Elysée, en ce début de semaine, la veuve de la victime et des représentants du monde maritime. Il devait aussi téléphoner durant le week-end au président de Kiribati pour tenter d'obtenir le dépaysement du procès en France. Deux promesses non réalisées qui n'ont fait que mobiliser davantage les marins bretons dans un contexte de polémique après la publication du livre de Yasmina Reza, l'Aube le soir ou la nuit . L'auteur y relate des propos du candidat Sarkozy, le1er mai 2007, alors que, entre les deux tours de la présidentielle, il venait saluer la France qui travaille les jours fériés en rendant visite au Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage de la pointede Corsen, au nord de Brest. Celui-là même qui, le 17 août, a supervisé la récupération des matelots du Sokalique . Qu'est-ce qu'on va foutre dans un centre opérationnel sinistre à regarder un radar ? (...) Je me fous des Bretons. Je vais être au milieu de dix connards en train de regarder une carte ! , aurait dit l'actuel président de la République.
Il est lamentable qu'un futur président de la République française ose parler des Bretons avec autant de dédain et de mépris!
Si, par fatigue en cours de campagne présidentielle, il s'est exprimé en ces termes grossiers, qui passent toute mesure, il aurait dû s'en excuser auprès des ingénieurs du Centre de Corsen. Et demander à son amie Yasmina Reza, de supprimer ce passage de son livre.
(Photo: Le cargo turc "Ocean Jasper" amarré à Brest)