Pour ceux qui aiment les chats - les vrais, pas les clavardages comme on dit en québécois - et pour les autres aussi. Un article de L'Humanité en date du 22 avril 2004. Mais cela reste évidemment valable aujourd'hui.
(Dans la prochaine note je vous parlerai justement d'un grand monsieur qui aimait les chats...)
Le petit chat est mort il y a 10 000 ans
 D'accord, c'est arbitraire, ça manque de nuance, pour tout dire c'est bête, mais on peut diviser l'humanité en deux catégories. Ceux qui chérissent la compagnie des chats et les autres. Pardon de faire partie des premiers, à jamais épaulés en ces termes par Baudelaire :
" Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires. "
Au fait, on vient de découvrir, dans la terre de Chypre, la petite sépulture d'un chat de huit mois tout à côté de la tombe d'un homme entouré de haches polies, de lames de silex, d'un morceau de pierre ponce, d'une pierre verte de parure et de vingt-quatre coquillages. Cela remonterait à quelque dix mille ans. Va pour l'homme, on sait que ça fait beau temps qu'il est un peu là , on a vu l'Odyssée de l'espèce, mais le chat, ça vous la coupe. Voyez-vous, un chat néolithique, même les spécialistes en restent comme deux ronrons de flan (si l'Ã -peu-près ne vous révulse pas). Cela signifie une plus vieille complicité qu'on ne l'imaginait jusqu'alors, car la plus vieille trace archéologique, avérée, de l'apprivoisement de ce tigre miniature remontait à deux mille ans avant Jésus-Christ, en Égypte. Pour avoir été ensevelis quasiment côte à côte, l'homme et le félin devaient être unis par une relation forte, animiste, symbolique, prosaïque, on ne sait. L'homme au silex entre les dents n'avait pas lu Baudelaire, mais il avait un chat. Il était donc déjà infiniment civilisé.
Jean-Pierre Léonardini