Premier film de la rentrée pour moi, celui de Chabrol. On connaît le sujet : une jeune femme ambitieuse et dont le rayonnement séduit ceux qui l'entourent s'éprend d'un écrivain prestigieux et pervers, mais épouse un jeune millionnaire déséquilibré. Ça finit mal.
Le sujet de La fille coupée en deux s'inspire d'un fait divers survenu en 1906 aux USA : l'assassinat de l'architecte new-yorkais Stanford White, tué, à l'âge de 52 ans, par Harry Thaw, un playboy millionnaire, qui était l'époux de son ex-maîtresse, Evelyn Nesbit, une jeune actrice de music-hall. Cette histoire a déjà fait l'objet d'un film, réalisé par Richard Fleischer en 1955, La Fille sur la balançoire , avec Ray Milland dans le rôle de White, Joan Collins dans celui de Nesbit et Farley Granger dans celui de Thaw. Chabrol le transpose à l'époque actuelle et, fidèle à ses habitudes, le situe en province, à Lyon cette fois.
L'affiche de La Fille coupée en deux est l'oeuvre
de Miss.Tic, artiste plasticienne secrète
(on ne connaît pas son véritable nom),
célèbre pour les textes, images, autoportraits,
qu'elle imprime sur les murs de Paris
selon la technique du pochoir.
Image Allociné
Bien évidemment, le film ne nous apprend pas grand-chose de nouveau. Il s'inscrit dans les thèmes familiers à Chabrol, comme une enième variation sur les pouvoirs du sexe et de l'argent, et les bassesses dont sont capables les êtres humains pour obtenir l'un ou/et l'autre. Mais il est bien enlevé, souvent amusant, et il vaut surtout par une interprétation absolument impeccable. Il faudrait mentionner tous les acteurs. François Berléand fait merveille en ?grand écrivain? suffisant, imbu de sa personne, veule, mais parfois touchant. J'avoue être assez insensible au charme certain de Ludivine Sagnier, mais elle se sort très bien du rôle de Gabrielle Deneige (dont le nom offre un symbolisme un peu appuyé : le prénom ? or l'écrivain l'appelle mon ange - et le nom ? insistant sur la pureté du personnage, et en plus elle fait la météo à la télé?) Je décernerais cependant la palme à Benoît Magimel qui réussit formidablement un personnage difficile, on ne le voit au début que comme un enfant gâté et tête à claques insupportable, puis il devient plus humain, révèle ses failles? Les seconds rôles sont tous épatants, surtout les femmes : Mathilda May en attachée de presse toute en séduction, Caroline Sihol en mère de Magimel, alliage glaçant de conservatisme enfariné et d'instinct carnassier , comme le dit très bien Louis Guichard dans Télérama, et Marie Bunel en mère de Gabrielle douce et discrète.
Alors, alors, on peut reprocher à Chabrol certaines choses, un manque de crédibilité ? comment diable Gabrielle est-elle amoureuse de Saint-Denis, l'écrivain ? Il a l'âge de son père, ce n'est pas un Apollon, et ce n'est pas son prestige littéraire qui l'attire. Mais bon, on a vu dans la vie des attirances tout aussi inexplicables : c'est juste que l'on a tendance à exiger de la fiction qu'elle soit vraisemblable. Il y a aussi quelques scènes au bord du ridicule (la divine Ludivine à quatre pattes avec un éventail de plumes aux fesses?) On peut être agacé par l'omniprésence de la tribu Chabrol, avec l'un des fils à la musique, un autre dans un petit rôle (l'avocat), la belle-fille à la réalisation ET dans un petit rôle (Cécile). Mais ce sont là péchés véniels. Dans l'ensemble, un bon moment de cinéma.
Fuligineuse
Lire aussi l'interview de Chabrol dans le Nouvel Obs