Je reprends le metro ce soir. Cela ne m'était plus trop arrivée ces derniers temps, dans mes petites habitudes de facilité, mais aujourd'hui même le taxi ne me satisfait pas. Il pleut à l'intérieur du metro, ou du moins, c'est bien l'impression que j'en ai. Les touristes sont encore bien là , souriant bêtement, parlant relativement fort, dans leurs fameux k-ways ponchos transparents. Je suis presque capable de repérer le hollandais de l'allemand ou du suédois, au premier coup d'oeil. Les parisiens sont tristes, beaucoup plus qu'au mois de juillet. Il y a une odeur de souffre insupportable et mon parapluie noir coule, lentement, dans l'allée.
Mon regard est las. Incroyablement flou. Je n'envisage que les formes, avant de stopper net sur ce jeune homme, hollandais sans aucun doute. Il porte un jean 501 impensable, de jolies sneakers, et un tee-shirt un peu sale. Il est seul, incroyablement chargé, mais beau. Même très beau.
Rhabillez-le donc en APC, et celui-ci peut faire un massacre dans n'importe quel diner mondain. Je m'amuse à examiner son corps, et surtout ses immenses et larges mains. Pendant un court instant, ses mains se posent sur moi et m'aggrippent avec force, autour de la taille...
Non non. Rien de tout cela.
J'ai pourtant un regard soudain tout à fait attendri, envieux, désespéré. Je m'imagine même troquer d'un coup mes robes courtes griffées et mes talons gigantesques contre un vieux jean, un tee-shirt large, de vieilles converses et un sac à dos. Je m'imagine partir. Seule. Sans rien dire à personne. Disparaitre de mon microcosme pour repartir à zero, ailleurs, loin, une autre moi. Sans mon foutu millieu, mes foutues nevroses, mes foutues relations et mon foutu carnet d'adresse.
Paris est sorti de mon oesophage lorsque j'ai mis les pieds dans mon ascenseur. Nous nous battons maintenant, violemment, pour savoir de qui de nous 2, s'en sortira le mieux.