|
| |
|
|
|
|
| |
|
Les derniers billets du Monde des Blogs |
Le conte du week-end : l'histoire de la petite fille qui voulait changer le monde
Conte à l'usage des adultes et autres enfants ayant grandi.

Il était une fois l'histoire d'une petite fille qui voulait changer le monde. Cette histoire s'est déroulée il y a quelques minutes, dans un pays très lointain juste à côté de chez moi (mais j'habite moi-même très très loin). Ce jour là donc, naquit une petite fille vachement normale avec deux bras, une tête, deux jambes et une couche sur les fesses. Elle avait un papa et une maman, tous deux vachement contents de leur nouvel achat : une magnifique poussette trois roues qu'on peut même faire du roller avec. Bref, une petite fille comme les autres en apparence, mais en apparence seulement. Car toute petite qu'elle était, elle avait décidé de changer le monde.
D'abord elle ne fit rien. Cela dura sept ans environ. Sept années pendant lesquelles elle observa patiemment ce qui l'entourait. Et ce qu'elle vit la confirma dans l'idée que le monde devait être changé. Partout les gens souffraient. A la télévision, dans la rue. Ils avaient faim, ils avaient froid, ills faisaient la guerre, ils étaient blessés ou malades, ou pauvres, ou seuls, ou tout à la fois. Pendant ce temps-là , la petite fille grandissait. Elle comprit très vite que les adultes en tout genre qui peuplaient son univers (parents, professeurs, médecins, oncles, tantes…) étaient bien impuissants. D'ailleurs ils le disaient eux-mêmes. Lorsque la petite fille leur demandait : Et toi, tu sais changer le monde ? ils répondaient en hochant la tête, un sourire aux lèvres : Bien sûr que non, ha si j'avais ton âge, peut-être. Tu verras quand tu auras le mien . La petite fille pensait que c'était bien dommage.
Un mois de mars en apparence comme les autres, mais en apparence seulement. Un soir de ce mois-là , le papa de la petite fille rentra plus tôt que d'habitude. Il resta assis longtemps dans la cuisine en grande conversation avec maman. Puis ils pleurèrent tous les deux et allèrent au lit. Le lendemain, le papa resta à la maison alors qu'il n'était pas malade. Les jours passèrent sans qu'il retourne travailler. Finalement il n'y retourna jamais. Lorsqu'elle lui demanda pourquoi, le papa de la petite fille hocha la tête en souriant : Â C'est compliqué tu sais. L'entreprise dans laquelle je travaille a licencié la moitié du personnel . Â Qu'est ce que ça veut dire licencier ? , demanda la petite fille. Â Ca veut dire mettre à la porte. Ca veut dire qu'on n'a plus de travail . Â Et pourquoi ils ont fait ça, papa ? Â Je ne sais pas ma chérie. C'est la direction qui décide ces choses là . Ayant répondu, pensait-il, aux interrogations de sa fille, le papa s'en alla au jardin bêcher les pieds de tomates, en songeant aux factures de ce mois là , et de tous les autres aussi. Quant à la petite fille, elle s'en alla prendre son goûter à la cuisine et songea qu'enfin elle avait trouvé quelqu'un qui pourrait l'aider, quelqu'un qui pourrait changer le monde. Un peu. Elle se rendit le lendemain matin dans les bureaux de la direction.
L'entreprise de son papa, ou plutôt l'ancienne entreprise de son papa, était un vaste complexe industriel qui trônait, telle une grosse verrue grise, au milieu des champs, un peu après la sortie de la ville. Avec ses immenses tuyaux de fer un peu rouillés, ses grandes cheminées qui crachaient des nuages noirs et ses hauts grillages de vraie-fausse prison, elle ressemblait à un gros paquebot échoué. C'est très triste un paquebot échoué , pensa la petite fille. C'est très moche aussi , se dit-elle encore en passant la grande barrière qui délimitait très précisément le monde du dehors et le monde du dedans. Arrivée dans le bureau de la direction, la petite fille fut surprise de constater qu'il ne s'y trouvait qu'un petit homme qui semblait se cacher derrière son grand bureau. C'était lui l'homme très puissant qui pouvait renvoyer tout le monde ? C'était lui la direction ? La petite fille lui demanda néanmoins : Â Est-ce que tu sais changer le monde ? Est-ce que tu pourrais redonner leur travail aux gens ? Alors le directeur, car s'en était bien un, hocha doucement la tête en souriant : Â Chère petite, ce n'est pas moi qui peut changer les choses, c'est le groupe . La petite fille ne voyait pas très bien ce que pouvait être ce groupe si puissant ni où il se trouvait, mais elle se dit que lorsqu'on veut changer le monde, il faut le vouloir très fort et parfois partir très loin. Alors la petite fille dit au revoir à ses parents et partit pour la Très Grande Ville où, disait-on, tous les groupes avaient élu domicile.
Elle arriva bien vite dans ce qui semblait être leur repère. Une immense champignonnière où avaient poussé, abomination de la nature des hommes, des dizaines, des centaines ? d'immeubles vitrés. La petite fille devait lever la tête pour apercevoir le ciel. Le soleil, lui, avait disparu depuis longtemps derrière les monstres de verre. La petite fille se dit que décidément, tout cela était très moche. Plus moche encore que le paquebot abandonné. Lorsqu'elle arriva dans le bureau du conseil d'administration (c'est du moins ce qu'on lui avait dit), elle se trouva une fois encore devant un petit monsieur bien inoffensif en apparence. Mais en apparence seulement. Elle n'eut pas besoin de parler car le petit monsieur prit la parole en premier :  Je t'attendais petite fille, laisse-moi t'expliquer Et le petit monsieur expliqua. Pendant trente minutes, il disserta, énonça, démontra, agita des dizaines de graphiques colorés et de tableaux bien proprets, des chiffres bien rangés, solides soldats témoins de l'incroyable bataille : la guerre économique !!!! La mondialisation, les coûts, la concurrence, les chinois… Vous pourriez croire que la petite fille ne comprit rien du tout. Et bien détrompez-vous. D'ailleurs elle ne fut pas surprise le moins du monde lorsque le petit monsieur hocha la tête en souriant et lui dit :  Tu vois petite, moi non plus je ne peux rien faire. Il ajouta :  Mais je t'aime bien et si tu veux, je te donnerai l'adresse de quelqu'un qui peut t'aider. Quelqu'un qui peut changer le monde  C'est un directeur ? , demanda la petite fille.  Non , répondit le petit monsieur.  C'est un groupe ?  Non petite. C'est un président.
Et la petite fille se remit en route.
Lorsqu'elle arriva à l'adresse indiquée, elle se dit qu'au moins le Président habitait une bien jolie maison. Ce n'était ni une verrue d'acier, ni un monstre de verre. C'était une grande maison blanche avec de beaux jardins. Une fois dans le bureau du Président, la petite fille se dit qu'il était peut-être l'homme qu'elle cherchait. Il était grand, souriant, et ne se cachait pas derrière un bureau. Il vint à sa rencontre et serra longuement la petite main dans la sienne. Puis il la fit asseoir dans un grand fauteuil de velours rouge. Sans attendre, la petite fille lui demanda : Â Est-ce que tu peux changer le monde ? . Alors le Président éclata d'un petit rire bien innocent en apparence, mais en apparence seulement. Son petit rire monstrueux s'introduisit dans les oreilles de la petite fille et se faufila jusque dans son coeur. Là , le petit rire monstrueux que les adultes donnent si souvent à entendre aux enfants, le petit rire monstrueux de certitudes, le petit rire monstrueux détruisit tous les rêves du plus petit jusqu'au plus insensé. Et la petite fille qui voulait changer le monde mourut. On ne retrouva d'elle qu'un petit corps ratatiné qui hochait la tête en souriant.
Voilà pourquoi, depuis ce jour, les enfants n'ont plus envie de changer le monde. Eux non plus. A moins que….
Source : hautetfort.com
Clic pour lire la suite sur le billet Le conte du week-end : l'histoire de la petite fille qui voulait changer le monde
Autres Articles à lire sur les Blogs :
|
|
|
|
Et des Cadeaux sur LesGagnants.com, des milliers d'Euros à distribuer, tentez votre chance dès maintenant !
|
|
|
Magik-Mobile.net : le plus gros catalogue de sonneries et logos pour votre mobile. Plus de 30 000 références à télécharger !
|
|
|
|
|
|