A l'issue de chaque séance, j sortais de chez lui comme une somnambule, je faisais quelques pas dans la rue, m'approchais de ma voiture en tremblant et je me mettais à sangloter en conduisant. J'avais le sentiment que je ne me relèverais pas de tout ça. Et là j'ai cru, un jour, que je me disloquais. Quand je suis sortie de chez lui, j'ai pris ma voiture et je me suis effondrée sur le volant. Je m'enfoncais dans un cercle noir. J'ai pleuré, pleuré... Je lui ai téléphoné : " Je ne vais pas pouvoir m'en sortir seule, j'ai besoin de médicaments. " J'ai pris quelques antidépresseurs.
Mais qui étais-je donc pour avoir accepté tant de choses ? Pour avoir été, dans ma famille et dans mon couple, une victime consentante ? J'ai découvert un truc, banal mais effrayant : il n'y a pas de bourreau sans victime. Si ma soeur m'aait " sadisée ", c'est que je l'avais autorisée quelque part à agir ainsi; et si je m'étais mariée avec un type violent, ce n'était pas un hasard non plus. ça m'a fait peur, car j'ai eu le sentiment d'aller dans un espace noir. Ce masochisme était effrayant.
On continue à maltraiter, même verbalement, mon corps !
Je n'ai pas pardonné parce que je n'ai pas à le faire. Je me sens tout simplement libre, maintenant. J'ai pris le large. Et cette distance m'a sauvée.
Quand vous avez réfléchi à ce que vous êtes, à ce qu'il vous faut, profondément, vous cessez de raisonner objectivement : vous vous respectez, vous respectez vos désirs.
On sait bien que la parole guérit. Elle soigne les gens et leurs maux, apaise les souffrances morales autant que physiques. Depuis toujours, on sait qu'elle adoucit les douleurs ou les exacerbe.
Les mots adoucissent ou violentent; on sait qu'ils tuent,
La pensée peine à décrypter, et dont on ne peut se libérer par la seule volonté ou la seule lucidité, par exemple.
Inutile de dire que ce labeur ne peut que soulever de nombreuses résistances et déstabiliser notre équilibre personnel.