"Quand au serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors"
(Matthieu XXV. 30 )
Il y a une paresse profonde qui m'empêche même d'aller au plaisir. Il y a une paresse plus commune qui désire éviter les besognes ennuyeuses.
La première est presque incurable. La seconde peut se guérir. Beaucoup sont astreints à un labeur machinal et fastidieux qui écrase leurs élans. Ce sont des forçats, sans doute; mais le forçat le plus misérable n'est-il pas celui qui se croit libre? Et ne serais-je pas ce fou?
Je sais cependant que tout travail peut m'être profitable. Mes dégoûts se justifient-ils? Si je juge ma besogne indigne de moi, n'est-ce pas que j'en comprends mal le sens? Ai-je voulu vraiment la hausser jusqu'à mon rêve? Il faut donc que j'ose entreprendre du nouveau; si je n'ai pas cette hardiesse, ou cette confiance, je m'enlève le droit de me plaindre. Se plaindre, c'est s'affaiblir. J'irai donc à l'école de la résignation. Suis-je trop vaniteux pour accepter sans murmure le morne piétinement quotidien? Pour vaincre le mauvais sort, il faut que je me vainque moi-même. Et Toi, ô Christ. Toi, constructeur des mondes, Tu as bien manié la varlope et le rabot; Toi qui nourris l'univers, Tu T'es assis aux tables des hommes; Toi qui savait tout, avec qu'elle patience n'as-Tu pas écouté, n'écoutes-Tu pas encore nos bavardages? Toi, qui possèdes tout et qui n'a besoin de rien, n'es-Tu pas descendu, n'as-Tu pas peiné, ne recommences-Tu pas sans cesse le même labeur sempiternel à quoi nos volontés mauvaises obligent Ton amour?
Sédir
Illustrations:
La paresse