Entre deux notes sur Berlin et/ou le RER D, il faut quand même que je trouve le temps de vous parler de ma dernière virée au pays. Oui, le pays gabaye, bien sûr. Entre Prague et Noirmoutier, Sea-Line et moi avons fait un petit détour par chez mes parents. L'occasion rêvée de servir de guide à ma belle pour lui faire découvrir quelques merveilles de mon pays. Nous sommes donc allés voir la citadelle de Blaye. Bel édifice, noyé de soleil ce jour-là, ce qui nous a donné l'occasion de faire quelques photos (voir l'album "Douce France"). Des vieilles pierres, une vue superbe et romantique sur la Gironde, une bonne salade dans un petit resto local. Du bonheur...
Ouais... Sauf que Blaye, depuis mon souvenir lycéen , n'a pas beaucoup changé. Toujours 5000 habitants environ, toujours ces rues mortes qui fleurent bon la province endormie, toujours cette mentalité, comment dire... blayaise ! Un exemple ? Et bien, nous avions envie de nous abreuver et nous sustenter dans l'unique crêperie de la citadelle. Cadre sympa, rue avenante, jolie terrasse dans le quartier habité (car la citadelle est habitée), bref tout était parfait. Mais :
NOUS- Bonjour, pouvons-nous nous asseoir ?
LA SERVEUSE REVECHE- Ou vous voulez, mais PAS à une table de quatre !!!
NOUS- Les autres tables (de deux) sont en plein soleil.
LA S. R.- Installez-vous ou vous voulez, mais PAS à une table de quatre !
Et elle nous tourne les talons. Du coup, nous sommes allés manger dans une petite brasserie sur le port. Il convient de préciser que 5 ou 6 personnes tout au plus, garnissaient la terrasse. Comme un condensé de l'esprit blayais, prétentieux et pétant plus haut que son derrière. De fait, à part les souterrains de la citadelle et la découverte d'Hubert, je n'y ai pas vraiment de souvenirs intéressants. Mais les souterrains sont maintenant accessibles uniquement par visite guidée. Qu'ils me laissent la faire cette visite ! J'en aurai, moi, des anecdotes croustillantes et authentiques ! Du rire, du sexe et du frisson ! Garanti !
Bon. Laissons Blaye de côté pour arriver au sujet de cette note. Un peu long, je sais, mais c'est ainsi. Lors de ce séjour, je suis allé fouiner dans le garage de la vieille maison de pépé, côté paternel. Derrière le garage, une petite pièce, ancienne buanderie, mais aussi entrepôts à... à plein de choses, en fait. En gabaye, on appelle ça "ine souillarde". Bref, c'est une petite pièce, avec au fond, des casiers à bouteilles. Et là, découverte ! Laissées là lors du déménagement de pépé de la maison, quelques bouteilles de rouge, antédiluviennes et non identifiées. Nous en ouvrons une : surprise, le vin est encore bon ! Et je commence à me dire que je sais ce que c'est...
Le soir même, mon père, en fin tastevin, confirma mes sensations. Vingt-sept ans d'âge ! Dernière cuvée embouteillée en provenance de vignes situées assez loin de chez nous, et perdues lors d'un remembrement en 1980. Pour garder un souvenir, mon père en avait fait une petite cuvée. Nous la buvions régulièrement, pour les bonnes occasions. C'est un de ces vins tout simples, mais bien vieillis, avec ce goût boisé qui fait le charme des vins vieux et non traités. Ce vin, c'est ma madeleine à moi. Il évoque nos jeux d'enfants dans un petit bois à côté de la vigne, quand nous étions encore trop jeunes pour participer aux vendanges. Et aussi, un vieux moulin en ruines qui se dressait (se dresse toujours d'ailleurs) sur la butte ; nous y montions jouer et dominer le monde, avec chaque soir, une petite lumière de soleil descendant qui faisait la vigne différente à chaque fois. Et puis aussi, la vieille Ami 8 de mon père et la Simca de mon grand-père. Pendant que les vendangeurs travaillaient, je m'installais au volant pour jouer à conduire.
Ce vin, encore bon presque 30 ans après, c'est aussi comme un petit échantillon du talent de mon père et de mon grand-père. Car s'il a tenu, c'est aussi grâce à la cire "maison" de pépé, pour envelopper le bouchon. Comme un petit trésor venu de l'enfance, et comme un joli petit fruit. Le fruit modeste du talent des hommes de cette terre, des hommes du pays gabaye. Pour me souvenir que je suis fier d'être né là-bas.


