HELSINKI (AFP) - De passage mardi à Helsinki pour un concert, Juliette Gréco a brocardé les jeunes auteurs et chansonniers d'aujourd'hui qui restent selon elle prisonniers de leur admiration pour leurs maîtres, dont ils n'ont pas "l'amour fou du travail".
"Les jeunes font trop référence aux maîtres", a estimé l'icône du Paris d'après-guerre, citant entre autres Jacques Brel, Georges Brassens et Maxime Le Forestier.
"Il y a une sorte de chose qu'ils n'ont pas, c'est cet amour fou du travail. Brel était un travailleur de force, comme Brassens et Le Forestier. C'étaient des ouvriers, des artisans, des gens qui travaillaient énormément. Or aujourd'hui, on a l'impression que faire une chanson, c'est facile: c'est pas vrai, c'est très difficile!".
"C'est plus difficile, Sartre le savait très bien, qu'écrire une pièce de théâtre", a-t-elle insisté.
Elle rend néanmoins hommage aux jeunes auteurs-compositeurs-interprètes qui lui ont apporté des chansons, comme Benjamin Biolay ou Miossec, et évoque les correspondances entre le rap et le Lettrisme, mouvement fondé par Isidore Isou, décédé en juillet à Paris.
"C'étaient des mots inventés, auxquels il donnait un sens très précis. Cette espèce de violence du rap (...), c'était un peu ça, avancer dans une sonorité de violence, de refus, de combat". Quant au Slam, "J'en fait depuis 50 ans!", assure-t-elle en riant.
Telle qu'en elle-même, la muse de Saint-Germain-des-Prés dont Picasso disait qu'elle prenait "des bains de lune" est apparue vêtue de noir, maquillée de noir et de blanc, dans son hôtel de la capitale finlandaise avant un concert unique le soir.
A 80 ans, célébrés sur scène à Paris en février dernier, elle affirme ne rien regretter, mais estime qu'"on ne peut pas être heureux dans ce monde".
"On peut être heureux dans l'oubli, quelques instants, parce qu'on aime, parce que l'amour existe, parce qu'il y a des choses magnifiques dans la vie, mais quand vous vous éveillez le matin et que vous ouvrez la radio ou allumez la télévision, c'est quand même une douche froide, une douche glaciale", dit-elle.