Après 4 mois de boulot à Smoothie+ (tu suis ou bien? bon, clique ici) puis quelques temps de glandage, dans la rubrique "en attendant la rentrée" me revoilà préposée aux jus de fruits à Tchouleville.
Sauf que cette fois, c'est beaucoup plus rigolo. A Smothie + j'étais:
1/ enfermée dans le centre commercial, dans un décor design moche et gris.
2/ assaillie par des montpellois (je sais qu'on dit pas comme ça c'est pour l'incognito, tu voulais m'apprendre à parler ou quoi?) stressés et pédants, que si j'avais pu leur coller la tête dans le blender je me serais pas privée.
3/ au service d'un patron ni sympa ni réglo.
Là , je bosse:
1/ avec chéri.
2/ pour le papa de chéri.
3/ dans un lieu hautement historique et culturel, mais tu n'en attendais pas moins de moi je suppute (j'en vois venir certains avec leurs mauvais jeux de mots mais par décence je ne citerais pas de noms). En plus, il n'y a pas qu'un bête bar à jus, il y a aussi un magasin de commerce équitable presque fini et un cyber-café en cours, ce qui fait que, cerise sur le cocotier, j'ai l'adsl au travail. je sais, c'est la classe internationale, je suis sure que tu meurs d'envie d'admirer ça, t'as de la chance c'est là )
Bref, tu visualise le décor, c'est voûtes en pierres et co., et même que ça fait baver du monde tout ça. Il faut dire qu'on a affiché un panneau "entrée libre - free enter" sur la porte (ouais t'as vu je suis bilingue si t'avais pas encore compris) et du coup, le touriste et l'autochtone étant curieux par nature, ça défile. Ils entrent visiter, s'exclament, demandent parfois des explications et repartent. Je constate chaque jours que tous les gens disent la même chose: "Comme c'est joli!", "C'est vous qui faites les travaux?", "Et c'est nouveau?". Evidemment, les trois quarts ne nous achètent même pas un jus, les pingres.
Bizarrement, les client sont beaucoup moins idiots qu'à Smoothie+. Comme quoi, le Qi d'un campeur du nord peut être plus élevé que celui d'un jeune cadre dynamique d'iBM (pas que je considère le dernier comme un monument d'intelligence ceci dit). Certes, assez souvent on nous demande "sans glaçons le jus!" alors qu'on les prépare avec des fruits congelés (revenez dans deux heures je dégèle tout), ou une fois qu'on l'a préparé certains font la grimace parce que c'est froid alors qu'il suffit de savoir lire, on a écrit partout "jus glacés", c'est pas comme s'ils n'étaient pas prévenus. Certes, j'ai eu aussi une fois une dame qui a poussé des hauts cris alors que je commençais à lui expliquer qu'elle se trouvait en lieu et place du premier temple protestant de la ville: "AaaAAaah mAAiiIs hEEeeuU moi je suis pas PROTESTANTEUH, hein, je suis JUSTE chrétienne!" (okkkkaaaay, crie pas, j'suis pas sourde. Moi je suis pas athée, juste je crois pas en Dieu). Et certes, à chaque fois que quelqu'un demande "Et vous vendrez quoi dans le magasin de commerce équitable?," j'ai envie de répondre "Des petits africains, pourquoi?", mais j'avoue, c'est mon cynisme profond qui prend le dessus sur mon esprit commercial.
Enfin, globalement, pas de quoi se rouler par terre, les perles sont rares. Les plus bizarres sont sans conteste les commerçants de la rue, surtout *mode langue de pute on* la voisine de gauche qui vend des dream-catchers et des trucs en bois (Tchouleville est une ville hautement néo-bab, la spécialité du coin c'est les colliers en graines, les fringues indiennes et l'artisanat africain). Elle vient un jour sur deux se balader dans les locaux, l'air de rien, pour constater l'avancement des travaux du magasin tellement elle a peur que ça lui fasse de la concurrence. On a aussi eu droit à "Ohh mais là vous êtes pas bien placés, il faut que vous le sachiez" et "De toute façon, les deux premières années ça ne marche pas, il ne faut pas se faire d'illusion". Tant de solidarité ça fait plaisir. J'ai quand même du mal à comprendre pourquoi la concurrence viendrait d'ici alors que TOUS les magasins de la ville vendent exactement la même chose, sauf celui qui vend des chaussures en plastique de plage, des méduses qu'on appelle ça (souviens-toi de ta jolie paire rose ou bleue quand tu étais petit) et des bouées, mais il n'avait pas le choix, tous les locaux de Palavas-les-flots étaient pris.
Tu constates que l'être humain n'est qu'un misérable jaloux, mais qu'il n'y a pas de quoi en rire. Consequently, ma propention naturelle à la critique humouristique étant brimée par le manque d'abrutis sur mon lieu de travail, j'organise un "appel aux perles": poste moi le truc le plus débile que tu aies jamais entendu dire histoire que je me paie une bonne tranche autre que d'ananas congelé.