De quoi désorienter un peu plus la gauche mais peut-être rasséréner les enseignants. Le comité chargé d'organiser la concertation sur la revalorisation du métier d'enseignant que doit engager le ministre de l'éducation, Xavier Darcos sera placé "sous la haute autorité" de l'ancien premier ministre Michel Rocard. Ce comité sera animé par le conseiller d'Etat Marcel Pochard, directeur général de l'administration publique de 1993 à 1998. Le ministre de l'éducation devrait commenter le symbole que constitue l'acceptation par M. Rocard de se porter caution de cette concertation, promise par M. Sarkozy lors de la campagne électorale, lors de sa conférence de presse de rentrée, mercredi 29 août en fin de matinée.Après l'entrée au gouvernement de Bernard Kouchner, Eric Besson, Jean-Pierre Jouyet, Jean-Marie Bockel et Fadela Amara, après la nomination de Martin Hirsch comme haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, après la mission de réflexion et de prospective sur la place de la France et de l'Europe dans le monde confiée le 2 juillet à l'ancien ministre des affaires étrangères socialiste Hubert Védrine, le chef de l'Etat peut exciper d'un nouvel exemple de sa politique d'ouverture à la gauche.
Une politique qu'il avait d'ailleurs promis d'amplifier, en déclarant, le 2 juillet à Strasbourg : "Vous verrez que dans les semaines et les mois qui viennent, je continuerai et j'irai encore plus loin ". Le chef de l'Etat avait réaffirmé qu'en devenant président, il s'était " libéré de toute attache partisane " et qu'il voulait " le rassemblement le plus large au service des réformes les plus profondes ". " Pendant cinq ans, on va allier nos compétences ", avait-il ajouté.
Vis-à-vis du monde enseignant, le symbole que constitue Michel Rocard ne permettra de gommer le contentieux, en particulier sur les 11 200 suppressions de postes programmées pour la rentrée 2008. Mais il apparaît comme une main tendue à des organisations syndicales majoritairement marquées à gauche ainsi qu'à une " base " restée à 62% (selon un sondage réalisé par l'IFOP en février) électoralement fidèle à la gauche.
"VOLONTÉ DE SÉDUCTION"
Ce symbole vient s'ajouter à d'autres, puisque la "première décision de président de la République" de M. Sarkozy, annoncée le 16 mai, avait été de demander que la lettre d'adieu du résistant communiste Guy Môquet, fusillé en 1944, "soit lue en début d'année à tous les lycéens de France ". Par la suite, lors de son premier contact officiel avec les représentants des enseignants, le 11 juin, M. Sarkozy avait annoncé l'abrogation du décret très contesté de Gilles de Robien supprimant certaines décharges horaires des professeurs du secondaire.
A cette occasion, le chef de l'Etat avait impressionné ses interlocuteurs en leur déclarant sa "passion" pour l'éducation, un sujet qui ne lui fait " pas peur ", avait-il dit. "Nous sentons clairement une volonté de séduction du monde enseignant", commentait encore il y a quelques jours un responsable FSU, malgré sa contrariété devant les suppressions de postes annoncées. Des dispositions qui confortent les rapports cordiaux que les syndicalistes entretiennent avec M. Darcos, ce dernier ayant su, à leurs yeux, "limiter les dégâts" dans le dossier des suppressions de postes.
Le ministre doit maintenant mettre en ?uvre la " redéfinition " et la " revalorisation " du métier d'enseignant promises par M. Sarkozy. Il s'agit, devrait répéter M. Darcos lors de sa conférence de presse, de proposer aux enseignants une " nouvelle façon de travailler " qui, tout en participant à " l'effort de réduction de la dépense publique " devrait permettre de revaloriser leur pouvoir d'achat. "Moins nombreux mais mieux payés", les enseignants pourraient ainsi " lorsqu'ils le souhaitent " appliquer le principe du "travailler plus pour gagner plus" cher au chef de l'Etat.
LIVRE VERT
Le comité auquel participera Michel Rocard sera prochainement installé par le premier ministre. M. Darcos devrait confirmer que la concertation annoncée s'étalera sur une longue période et se fera en deux étapes. Le comité aura d'abord pour mandat " de recueillir l'ensemble des avis concernés, d'identifier les points de convergence et de divergence et d'en faire la synthèse " dans un livre vert qui sera publié à la fin de l'année 2007.
A partir de ce travail, le gouvernement élaborera un livre blanc rassemblant ses propositions et qui " servira de base de discussion avec les représentants du monde enseignant ". M. Darcos devrait également consacrer sa conférence de presse à faire le point sur " la mise en ?uvre du projet présidentiel en matière éducative ". Le doublement des dérogations à la carte scolaire a entraîné, devait-il indiquer, " plus de 13 500 demandes supplémentaires ", dont 77% ont été satisfaites à l'entrée en sixième, soit 10 points de plus que l'an passé, et 67% à l'entrée en seconde, soit 6 points de plus par rapport à l'année précédente.
Cette première étape sera " poursuivie et amplifiée en vue de doubler, à la rentrée scolaire 2008-2009, le nombre d'élèves bénéficiant d'une dérogation ", l'objectif restant d'aboutir à la suppression totale de la carte scolaire à l'horizon 2010. M. Darcos devrait aussi mettre en exergue les progrès en matière de scolarisation des élèves handicapés et la mise en place à la rentrée des vacances de la Toussaint des " études dirigées " après les cours, quatre jours par semaine, dans les 1 119 collèges de l'éducation prioritaire. Ce dispositif sera étendu, à la rentrée 2008, à l'ensemble des collèges puis à l'ensemble des établissements scolaires, primaire compris, d'ici à la rentrée 2011.
Le ministre de l'éducation devrait rappeler ses objectifs de renforcement de la pratique sportive " au travers de partenariats avec les acteurs locaux du monde sportif " et de mise en place d'une " véritable éducation culturelle et artistique ". Sur la question de l'école primaire, que vient de critiquer un rapport du Haut conseil de l'éducation, M. Darcos se démarque à la fois " de l'autosatisfaction et du catastrophisme " : il réaffirme la priorité à la " maîtrise des apprentissages fondamentaux " et estime que " l'évaluation des résultats des élèves doit devenir un véritable instrument de pilotage ". Enfin, il propose " d'avancer, en partenariat avec les collectivités locales, dans la constitution d'établissements publics d'enseignement primaire ".
Lemonde.fr