
"Beatty serra la main molle de Montag. Montag était toujours assis dans son lit, paralysé, comme si la maison était sur le point de s'écrouler sur lui. Mildred avait disparu du seuil de la porte.
- Un dernier mot, dit Beatty. Une fois au moins dans sa carrière, tout pompier est démangé par l'idée de savoir ce que racontent les livres. Oh ! Cette envie de se gratter, hein ? Eh bien, Montag, crois-moi sur parole. J'en ai lu quelques-unes dans le temps, pour savoir de quoi il retournait... Les livres ne racontent rien. Rien que tu puisses croire ou enseigner aux autres. Si ce sont des romans, ils parlent d'êtres qui n'existent pas, de produits de l'imagination. Dans le cas contraire, c'est encore pire. Chaque professeur traite l'autre d'idiot. Chaque philosophe essaie de brailler plus fort que son adversaire. Ils galopent tous dans tous les sens, obscurcissant les étoiles, éteignant le soleil. On en sort complètement perdu.
"Maintenant, supposons qu'un pompier, par accident, sans intention définie, emporte un bouquin chez lui."
Montag réprima un léger sursaut. La porte ouverte le regardait avec son grand oeil vide.
"Erreur bien naturelle. La curiosité, simplement, dit Beatty. Nous ne nous inquiétons pas outre mesure. Nous laissons le livre à celui qui l'a pris pendant vingt-quatre heures. Ensuite, s'il ne l'a pas brûlé de lui-même, nous venons le brûler pour lui."
- Bien entendu, dit Montag, la bouche sèche.